Facebook: Tyrannosaure 2.0 acculé par les Marchés

Passé de 38 dollars l’action à 29,79 dollars ce mardi 29 mai, le titre Facebook à fondu de 22%.

Au-delà des atermoiements sur la stratégie de l’entreprise, est-ce que la chute de l’action de Facebook est vraiment une bonne chose pour nous ?

Depuis l’introduction de Facebook en Bourse, vendredi 18 mai, les mauvaises nouvelles s’accumulent sur l’entreprise. La société de Mark Zuckerberg trop peu regardante sur la vie privée va devoir se montrer très offensive pour prouver sa valeur aux yeux du Marché.

Dans la communauté des branchés, des geeks et hackers, des défenseurs de la vie privée, l’accumulation des déboires de Facebook sonnait comme une revanche sur la chose. Cependant, à y regarder de plus près, certains agents du marché n’ont-ils pas intérêt à capitaliser sur une faillite de Facebook ? Parier à l’encontre de ses propres produits, on a déjà vu ce modus operandi lors de la crise des subprimes de l’été 2007.

On ne peut pas être indifférent à Facebook. Certains – dont je fais partie – on prit en grippe ce réseau en sachant pertinemment qu’il devront compter avec, d’autres si sentent complètement intégrés. Dans un cas, comme dans l’autre, je pense qu’il vaille mieux que Facebook soit, en l’état, contrôlé par un autiste surdoué en hoodie et en slashs plutôt que par, suivez mon regard, Goldman Sachs.

Analysons les enjeux de Facebook pour comprendre ce qui arrive. Facebook représente un phénoménal aspirateur à données individuelles. Un amas inextricable de base de données actualisées en temps réel, un moyen inouï de croiser des milliers de paramètres sur un groupe de près d’un milliard d’individus. Où es-tu ? Je suis sur Facebook…

Les potentiels de data-mining y sont infinies.

Nul n’était besoin d’être grand clerc pour deviner que l’introduction en bourse de Facebook sentait un peu le pâté.

Comment évaluer correctement la valeur d’une société dont la transformation de l’énergie potentielle en cinétique ne s’était pas encore accomplie ? Comment déterminer la valeur d’une action pour un société sans véritable modèle économique -seulement 300 annonceurs, Général Motors qui met un terme à son contrat avec Facebook – ?

Pourtant, l’économie néolibérale avait désespérément besoin d’un héros, un nouveau symbole, une nouvelle figure sacrificielle pour calmer l’appétit insatiable de ses maîtres tapis dans les catacombes de l’Ecole de Chicago. Une nouvelle bulle spéculative pour se repaître. Et Facebook est parti au casse-pipe la fleur au fusil.

En années Internet, Facebook tout comme son aîné Google sont déjà des vieux, des dinosaures qui ont eu du mal à négocier, avec leur grosse carcasse pataude, le virage de la mobilité des données initié par les smartphones.  Seulement voilà; Facebook reste au sommet de la chaîne alimentaire, c’est le super-prédateur. Facebook est un tyrannosaure affamé de données. En face près de 900 millions de mains, s’arrachant des morceaux d’identité pour nourrir le monstre en pensant Oh, le joli toutou !

C’est ici que réside la véritable valeur de Facebook; un agrégat de données au potentiel vertigineux, un trésor de fichiers qui ferait blêmir d’envie Hoover, Staline ou la Stasi tels des pucelles en chaleur.

Finalement les véritables questions qu’il faut se poser sont celles du contrôle et de l’utilité.

Au-delà de l’impact de Facebook dans et sur nos vies, au-delà du combat pour l’anonymat, qui contrôle, qui va contrôler Facebook ?

Et surtout, nous poser la question en creux; est-ce que je contrôle réellement ce que je veux partager sur Facebook ? Quel, pour moi, l’utilité de ce réseau ? Si vous ne payez pas le service, c’est que vous êtes le produit.

Parce que depuis l’introduction en Bourse, ne nous leurrons pas, Facebook va devoir mettre le turbo pour se faire du fric, par la porte ou par la fenêtre. En l’état le seul moyen pour Facebook est d’échanger son trésor contre du cash, de troquer tout les petits morceaux d’identités que vous lui avez livré à des psychopathes dénués de scrupules. Capables sans ciller de plonger le monde dans une crise mondiale, ils sont prêts aujourd’hui à s’emparer du premier pays virtuel.