UE: Recommandations sur Fonds de Crispations

Article rédigé pour L’IDJ le 13 janvier 2011 ///

Le «Semestre européen», nouvelle approche budgétaire de la zone euro, commence par un désaccord.

RECOMMANDATIONS SUR FONDS DE CRISPATIONS

La Belgique dépose son bilan budgétaire pour l’exercice 2010. Le résultat est plutôt bon. Le Portugal parvient à un succès lors de l’émission de ses obligations. L’Allemagne affiche une croissance record pour 2010. 3,6%, pour la première fois depuis la réunification en 1990. La Banque Mondiale est optimiste.

Les marchés semblent satisfaits. Les augures étaient bonnes pour le lancement du «semestre européen». L’UE veut montrer au monde qu’elle a la volonté de coordonner ses politiques budgétaires.

C’était sans compter sur une division entre Bruxelles, Berlin et Paris autour du Fonds européen de stabilité financière (FESF).

CRISPATIONS

Mercredi, lors de la présentation des dix recommandations pour permettre aux  Etats membres de revenir à la croissance, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a plaidé pour un renforcement de la capacité effective de financement du Fonds de stabilité et élargir ses possibilité d’intervention. «Nous vivons toujours une période d’instabilité» a rappelé le président. Cette déclaration a surpris la France et l’Allemagne qui estiment qu’un Fonds de stabilisation européen garanti à hauteur de 440 milliards d’euros est suffisant pour aider les pays en difficulté, Espagne et Portugal compris.

Pour la France, il n’est pas question de revenir sur le Fonds en l’état. François Baroin a indiqué «que le fonds inscrit dans la durée était suffisamment important pour répondre aux demandes formulées par tel ou tel pays». A Berlin, la discussion est encore possible. Pour Angela Merkel, le fonds de réserve est à peine entamé, mais l’Allemagne «fera ce qui est nécessaire au soutien de l’euro».

FONDS

Le FESF existe depuis le printemps 2010. Ce fonds vise à sortir l’Union européenne de l’ornière économique dans laquelle elle se trouve depuis la crise grecque. Sur les 440 milliards d’euros d’obligations de pays membres seulement 250 milliards obtiendraient la note AAA, restreignant les capacités réelles de prêt. L’Irlande mobilise, pour l’instant, le fonds à hauteur de 7% pendant 3 ans.

Le 24 janvier, le FESF lancera sa première émission d’obligations pour un montant de 5 milliards d’euros. Pour Monsieur Barroso, ce qui importe c’est «d’envoyer des signaux forts et prendre des décisions fortes afin de montrer notre détermination à préserver la stabilité de la zone euro». Le président de la Commission estime qu’il faut profiter de l’accalmie financière pour envoyer ces signaux aux marchés qui doutent de la capacité de l’Union européenne à se mobiliser en cas de difficulté espagnole. Dominique Strauss-Kahn, le directeur du Fonds monétaire international, reçu mercredi à Bruxelles, partage cette analyse. Mr. Barroso estime que les vingt-sept pourraient conclure un accord sur ce dossier lors du Conseil européen du 4 février.

RECOMMANDATIONS

Seule, une augmentation des capacités d’emprunts réelles de la zone euro, ne pourra pas pérenniser la nouvelle assurance des marchés. L’Union européenne a un problème de fonds qu’il s’agit de juguler. Les dérapages de certains Etats membres ont montré que le dispositif de surveillance de la discipline budgétaire de l’UE, basé sur le Pacte de stabilité, est insuffisant. Le «Semestre européen» est censé combattre ce problème en assurant une meilleure coordination des politiques économiques des Etats membres au moment de l’élaboration des budgets nationaux. Il s’est ouvert, mercredi, par la présentation du rapport annuel de la Commission sur la croissance. Ce rapport doit servir de référence aux gouvernements nationaux lors de l’élaboration de leurs budgets et de leurs stratégie socio-économiques. «C’est une nouvelle phase de l’intégration européenne. Nous guiderons les politiques en amont plutôt que de les juger en aval» a expliqué M. Barroso. Les gouvernements doivent présenter leurs budgets et stratégies à la Commission en avril.

Le rapport prône une série de réformes structurelles au niveau de l’emploi et des pensions. Il recommande de baisser la fiscalité sur le travail, de lier l’âge de la retraite sur l’espérance de vie. Les Etats sont aussi invités à assainir leurs finances. Une réduction annuelle du déficit structurel à concurrence de 0,5% de point de PIB est un minimum, qui ne sera pas forcément suffisant a fait valoir le commissaire aux Affaires économiques, Ollie Rehn. Ce dernier a appelé les gouvernements à «ajuster les dépenses en préservant celles qui sont favorables à la croissance» et privilégier les impôts indirects aux impôts directs.

Grégory Jacquemin