ÉDUCATION AUX MÉDIAS: «Éveiller les citoyens aux réalités de la société»

Interview de Bernard Fostier réalisée dans le cadre de l’IDJ en avril 2011 ///

Bernard Fostier, «36 ans, carolo, histoire de l’art» aime se décrire de la sorte. Il est coordinateur pédagogique au Groupe Socialiste d’action et de réflexion sur l’audiovisuel, GSARA. Il aborde la question de l’éducation aux médias dans la pratique auprès d’un public populaire.

La question de l’éducation aux médias est fondamentale. «Les médias ont de plus en plus de pouvoir comme prescripteurs d’opinion. Cinq jours sur Fukushima et on est prêt à éteindre toutes les centrales ! Le ping-pong entre les médias, l’opinion et la politique est de plus en plus rapide et on a de moins en moins de recul. Le processus médiatique est devenu flippant. Donc il faut investir dans l’éducation aux médias».

L’éducation aux médias au GSARA, comment est-ce que cela fonctionne ?

«Le Gsara est né en 1976 avec la vidéo. A l’origine, le GSARA travaillait sur le cinéma, le décodage de la télévision. Par le décret «Education permanente», nous nous inscrivons dans une dimension sociale. Nous devons travailler sur base de projets dont l’initiative vient de notre public. Celui-ci doit être «populaire» -c’est le terme employé- et adulte».

Souvent, par «éducation aux médias», il est compris «critique de la presse».

«Nous sommes très attentifs à tout ce qui est information télé visuelle parce qu’elle concerne essentiellement le public populaire. C’est la première chose politique avec laquelle nos publics vont devoir jongler. Du côté de l’info, il faut réellement faire un travail de décodage».

Concrètement, comment cela se déroule-t-il ?

«Pour les JT, on organise beaucoup d’ateliers; comparaison de JTs, démontages, remontages, changements de sons. On fait beaucoup d’exercices pratiques».

«Du point de vue des nouveaux médias, pour l’instant on est dans l’expérimentation, la prise en main de l’outil. Quand tout le monde saura faire un webdoc (un documentaire multimédia sur Internet), on passera à autre chose, mais là il faut surtout travailler à combler la fracture numérique».

C’est-à-dire ?

«Nous devons nous adapter aux nouvelles technologies. Les gens attendent beaucoup d’enseignement de notre part. Ils ont soif de «savoir-faire»; comment manipuler un ordinateur, transférer des photos, créer un compte mail,… Nous, on est bien embêté, parce que sans projet, on ne peut presque rien faire».

Comment résoudre ce problème ?

«Il faut voir l’Education permanente comme une partie de «pousse dans le dos». Le projet doit être initié par un public qui doit être participatif. Trouver des adultes libres en journée, à l’esprit participatif et qui ont un projet… C’est assez compliqué de réunir toutes ces conditions. Alors on s’appuie sur des réseaux d’associations déjà existant qui ont déjà un public motivé et rassemblé».

En Angleterre, l’OFCOM, l’organe de régulation des communications a défini le concept de «citoyen-consommateur» où l’éducation aux médias devrait se faire sans jugement de valeur ou d’opinion. Qu’en pensez-vous ?

«La première grande leçon de tout les ateliers audiovisuels, c’est «quand tu fais quelque chose, tu poses des choix personnels fatalement orientés selon tes valeurs, donc politiques. Dans l’éducation aux médias, on doit avoir une vision pluraliste des choses. On essaie de prendre de la distance, on analyse le plus possible en respectant l’autre, en dialoguant et en s’informant. On ne peut pas construire des produits médiatiques sans opérer des choix basés sur des opinions. Quand on veut éduquer sur les médias, c’est pareil, on doit faire des choix qui sont basés sur nos opinions. Il faut les afficher. C’est le noyau de l’éducation permanente: éveiller les citoyens aux réalités de la société. Pas l’endormir à coup de consommation, responsable ou pas».

Un pronostic pour l’éducation aux médias dans un futur proche ?

«Nous sommes tous de plus en plus sollicités, pas forcément mieux informés par les médias. Je pense que l’on est appelés à vivre dans une sorte de mix «médiatico-réel» et nos pratiques vont évoluer autour de cela. Rester juste dans l’analyse, bref de l’éducation aux médias, c’est bien, mais ce n’est plus suffisant, Il faut participer, créer, produire. La prise de conscience par ce biais se fait plus vite».


BERNARD STIEGLER, philosophe de l’action

Article rédigé dans le cadre de l’IDJ en avril 2011 ///

Penseur insatiable des industries culturelles et médiatiques, Bernard Stiegler propose une vivifiante grille de lecture des défis de nos sociétés. Retour sur un parcours atypique.

1978, les portes du Centre de détention de Muret, près de Toulouse s’ouvrent pour laisser entrer un fourgon cellulaire. A l’intérieur du «panier à salade», Bernard Stiegler, 26 ans, vient d’être condamné à cinq ans de prison pour braquage à main armée. Acculé par les dettes de son bar de jazz, perdu dans les vapeurs d’alcool et de fête, Bernard Stiegler braque une première banque, seul. «Cela s’est très bien passé… J’y ai pris goût et j’ai braqué trois autres agences». Dans un entretien au Monde en 2006 il confie: «J’étais intoxiqué. Sans la prison, j’aurais mal tourné».

LES PORTES DU PENITENCIER

Pendant son séjour carcéral, Bernard Stiegler découvre la philosophie «par accident». C’est un tournant pour ce fils d’ingénieur à la télévision et d’employée de banque. A 16 ans, il abandonne l’école pour les barricades de 1968. Ensuite il enchaîne les métiers : manoeuvre, employé de bureau, commis, ouvrier agricole. En prison, il refuse de courber l’échine. Lorsqu’on lui impose de partager sa cellule, il fait une grève de la faim pendant trois semaines. Les pressions et le «mitard» n’entament pas sa volonté. Au terme de ce bras de fer, Bernard Stiegler a gagné.

LA PHILOSOPHIE COMME EVASION

Seul, de retour dans sa cellule, il sait que les pires ennemis du détenu sont l’attente et l’ennui. Alors il décide de s’occuper et se met à «dévorer des livres». Les ouvrages de Kant, Marx, Platon éveillent sa curiosité. Il s’inscrit à l’Université de Toulouse et suit des études de philosophie par correspondance depuis les murs de sa cellule. Il sert aussi d’écrivain public, aidant les autres détenus à passer leur baccalauréat.

En 1983, Bernard Stiegler sort de prison après 5 ans. Son diplôme de philo en poche et le virus de l’enseignement dans les veines, il se rend à Paris, où il rencontre Jacques Derrida, le maître postmoderne, philosophie de la déconstruction. Ensemble, ils travailleront au Collège international de philosophie. Bernard Stiegler y restera six ans directeur des programmes de recherche.

L’ENGAGEMENT MEDIATIQUE

Insatiable depuis sa sortie de prison, Bernard Stiegler est remarqué tant par ses écrits engagés que par son esprit de révolte. En 1985, le Ministère de la Recherche française lui confie une étude sur les enjeux des technologies de l’information et de la communication. On est en pleine réflexion sur le monde des médias. Un monde que Bernard Stiegler ne quittera pratiquement plus.

En 1989, il travaille à la Bibliothèque nationale de France. Entre 1996 et 1999, il sera directeur général adjoint de l’Institut national de l’audiovisuel avant d’être nommé au Centre Pompidou en 2006 pour diriger l’Institut de Recherche et d’Innovation. Entre-temps, il fonde Ars Industrialis, l’association internationale pour une politique industrielle des technologies de l’esprit en 2005.

Le philosophe y développera son approche. Dans notre temps de «prolétarisation généralisée», le «temps de cerveau disponible» transforme le désir en addiction.

INFATIGABLE PENSEUR MODERNE

Du temps de cerveau disponible, Bernard Stiegler ne serait pas contre. C’est un marathonien de la réflexion. Les journées commencent avec un dictaphone numérique où il consigne ses idées jusque sur le trajet de l’Université où il enseigne. Le week-end, il transforme les enregistrements, les idées brutes de la semaine en articles, essais ou cours. L’été, il écrit dans sa maison en Corse. Plus de trente livres depuis 1994. Son épouse, Caroline, a abandonné son métier d’avocate pour se consacrer à la transcriptions des enregistrements et collaborer aux recherches de son mari.

La réflexion de Bernard Stiegler est vivifiante à l’heure où la planète se pose de sérieuses questions sur son avenir. «Les technologies contemporaines ne sont pas intrinsèquement toxiques pour l’esprit. L’avenir de la planète dépend essentiellement de la capacité que nous tous auront de faire que le poison qui est actuellement au service d’une véritable bêtise systémique (celle qui a par exemple conduit à produire industriellement des actifs toxiques avec les subprimes) passe au service d’une renaissance de l’esprit, et devienne un remède».

L’ÉDUCATION AUX MEDIAS, une bataille cruciale

Article rédigé pour l’IDJ en avril 2011 ///

En 1982, dans un contexte de désengagement politique des états en matière de médias, l’Unesco posa la question de l’éducation aux médias dans la déclaration de Grundwäld «parce que plutôt que de condamner ou de louer le pouvoir des médias, mieux vaut reconnaître qu’ils constituent un élément important de la culture contemporaine et peuvent favoriser la participation active des citoyens à la société».

En moins de deux pages, ce texte qui envisage les médias sans passion, comme une composante «naturelle» de notre environnement.

Trente ans plus tard, dans la publication belge « Journalistes et médias » réalisée par l’Association des journalistes professionnels (AJP) dans le cadre de l’opération « Journalistes en classe », l’introduction pose la question plus frontalement « Que faut-il faire pour être correctement informé ? » et souligne l’importance d’une relation de confiance entre l’émetteur et le récepteur. Deux tendances semblent se contrarier. Au niveau de l’indice de confiance accordé, les journalistes sont, avec les politiques, dans le bas du tableau. Par contre, au niveau de la profession la plus « désirable », le journalisme fait partie du peloton de tête.

Que s’est-il passé pendant ces trente années ?

Dans notre monde nouvellement globalisé et interconnecté, les médias sont devenus un enjeu de société majeur. A coup de textes successifs, parcouru par des mouvements radicalement différents, l’éducation aux médias se dessine comme un vaste champ de bataille. D’un côté, les institutions politiques, les scientifiques et la société civile. De l’autre, les marchés et l’économie de dépendance. Sur la plaine médiatique, les forces en présence cherchent à gagner le public. Qui va l’emporter l’éducation ou le marketing ? Le destin de nos sociétés dépendra-t-il de consommateurs ou de citoyens ?

Grégory Jacquemin

L’ÉDUCATION AUX MÉDIAS, entre réflexions, actions et marketing

Reportage effectué dans le cadre de l’IDJ en avril 2011 ///

Depuis trente ans, l’éducation aux médias a progressé sur le terrain politique et pratique. Avec la «Déclaration de Bruxelles» en 2010, les acteurs de la société civile ont voulu réaffirmer que la question est brûlante en terme de choix de société. Enquête sur un concept à la croisée des chemins.

LA DECLARATION DE BRUXELLES

La neige tombe sur les rues de Bruxelles. Décembre 2010, la Belgique termine son round de présidence européenne dans la froideur hivernale. Confinés d’un amphithéâtre des dizaines d’experts s’activent dans toutes les langues. Les photocopieuses crachent leurs documents. Les textes finaux sont relus et corrigés. Il s’agit de mettre la dernière main à la conclusion de deux jours d’échanges sur le thème «L’éducation aux médias pour tous». Une conférence initiée par le Conseil supérieur de l’éducation aux médias de la Communauté française (CSEM). Vingt-huit ans après la déclaration de Grundwäld de l’UNESCO, fondatrice en termes d’éducation aux médias, «l’Appel de Bruxelles» entendait réactualiser le thème et le ramener dans l’agenda politique belge et européen. Après deux jours de travail, dans un calme tout scientifique contrastant avec un certain sentiment d’urgence, l’éducation aux médias fut définie comme « la capacité à accéder aux médias, à comprendre et apprécier, avec un sens critique, les différents aspects des médias et de leurs contenus. L’éducation aux médias comprend également la capacité à communiquer dans divers contextes». Après deux jours de travail, le bilan est plutôt mitigé. L’objectif politique est peut-être atteint par contre, au niveau du contenu, c’est un peu pauvre.

L’EDUCATION AUX MEDIAS, UN CONCEPT EN PANNE

Le problème pour David Buckingham, spécialiste d’éducation aux médias est le suivant «Dans ce type de textes, l’éducation aux médias fait partie de ces expressions passe-partout dont regorge désormais les politiques éducatives et sociales». Après trente ans de textes successifs, l’éducation aux médias est devenue «du langage marketing: on veut vous vendre quelque chose, en l’occurrence l’éducation aux médias, sur le dos de toutes choses désirables».

Situé à la frontière d’un quartier populaire et des administrations européennes, le GSARA pour Groupe socialiste d’action et de réflexion audiovisuel (Voir interview), occupe une modeste maison bruxelloise aménagée en atelier et bureaux. Depuis 1976, cette association d’éducation permanente à visée socialiste est un acteur majeur de l’éducation aux médias en Belgique. Le plancher fatigué craque sous le poids des câbles vidéos. Julie van der Kar, coordinatrice des grandes campagnes, remarque que ce nouveau texte, pour les acteurs de terrains «c’est surtout beaucoup de bruit pour rien. Ce texte n’apporte rien de neuf au débat. Depuis 30 ans, la théorie est là, mais les pratiques sont encore trop disparates. Au moins la «Déclaration de Bruxelles» eu le mérite de remettre la question à l’agenda politique».

Myriam Wallaert, directrice d’une école fondamentale et participante à la formation MédiaCoach de l’ASBL Média Animation, partage cette critique «Aujourd’hui, plus personne ne conteste la nécessité de mettre en place une éducation aux médias, mais les questions s’attachant au «comment» ne sont pas résolues». Le confort des installations modernes de «Média Animation» tranche avec le côté rustique du GSARA. Pause café de la journée de formation. Myriam Wallaert poursuit «Sur le terrain, l’éducation aux médias reste dépendante d’initiatives spontanées. Elle n’a pas encore trouvé la place qui répond à nos besoins. Les animateurs restent trop peu nombreux, les enseignants, trop peu formés».

Dans un bâtiment fraîchement construit sur le campus bruxellois de l’Université catholique de Louvain, l’ASBL Média Animation dispense une formation d’éducation aux médias, MédiaCoach. Celle-ci s’inscrit dans un projet européen de mise en place d’un réseau  certifié d’animateurs intervenants spécialisés dans l’éducation aux médias. Parmi la douzaine de participants à la journée dédiée à l’analyse de récit et aux ateliers d’écriture, il y a des animateurs, éducateurs, bibliothécaires, psychologues, enseignants. Tous veulent utiliser les outils médiatiques pour s’adresser à leur public, faire de l’éducation aux médias. Anne-Louise Boute est bibliothécaire dans la Province de Liège. Elle y développe des projets d’éducation permanente avec diverses associations à destination des adolescents et adultes. Son objectif, est de trouver, dans le programme MédiaCoach, «la capacité de décoder les médias de manière critique, de pouvoir m’en servir auprès de mes publics-cibles pour les rendre plus autonomes par rapport à ce qu’ils lisent, regardent ou entendent».

Au GSARA comme à Média Animation, on s’accorde sur le fait que l’éducation aux médias en Europe a pêché par excès de réflexion, de théorisation et par manque d’action.

Pour Julie van der Kar, du GSARA, «Les acteurs sur le terrain font leur travail, essayent du moins, mais ça manque de décisions politiques à l’échelle belge ou européenne».

A LA CROISEE DES CHEMINS

Pourtant il y a urgence. Ce sentiment d’urgence qui courait dans l’échine des experts réunis à Bruxelles au mois de décembre. L’éducation aux médias se trouve à la croisée des chemins. Le but  politique poursuivi par la «Déclaration de Bruxelles» était de mobiliser les troupes et de prévenir: si l’éducation aux médias ne devient pas une volonté politique inscrite sur le mode de l’action, les dégâts en termes sociaux seront très importants.

Pour Bernard Stiegler, philosophe et fondateur de Ars Industrialis (voir Portrait) le constat est cinglant. Dans une interview sur le site artclair.com, il analyse «Les pouvoirs publics ont renoncé quand le monde économique est devenu massivement spéculatif et piloté par le court terme. Nous sommes engagés dans un processus de prolétarisation généralisée. Une économie de la dépendance promue par un capitalisme pulsionnel qui fonce dans un mur. Moins en sait le destinataire des industries culturelles qui orchestrent cette déchéance, plus il est abruti, et mieux cela vaut : ce système détruit les savoirs».

D. Buckingham souligne, de son côté, un réel danger en terme de choix de société. L’éducation aux médias est «en concurrence avec des personnes qui ont de tout autres priorités, des impératifs très différents et soutiennent des points de vue diamétralement opposés».

Il n’est donc pas étonnant, de croiser d’étranges créatures hybrides, comme le «citoyen-consommateur».

LE CITOYEN-CONSOMMATEUR, CETTE CREATURE ETRANGE

Au Royaume-Uni, une nouvelle loi sur les communications institue, en 2003, un régulateur indépendant : l’OFCOM. Parmi ses compétences, on retrouve l’éducation aux médias. Elle y est définie comme la capacité, pour un «citoyen-consommateur», d’avoir accès, de comprendre et établir des communications dans une diversité de contextes. La clé est le terme «citoyen-consommateur». Son principe est diaboliquement simple : on part du postulat qu’il est inutile de réguler les contenus médiatiques car le public est suffisamment adulte pour les comprendre. Grâce à l’auto-responsabilisation et la technologie, l’éducation aux médias doit se faire sans jugement de valeur, sans interroger les discours, les opinions et valeurs véhiculés par les médias. Pas besoins des «savoirs», nous sommes tous des consommateurs critiques et responsables.

Quand l’éducation aux médias devient du langage marketing, il y a un risque, annonçait David Buckingham. L’éducation aux médias version OFCOM en est investie. Seulement, les principes du marketing ne sont pas ceux de la démocratie. «Dans notre monde économique, le consommateur doit perdre son savoir-vivre, la télévision captant son attention pour en faire du « temps de cerveau disponible » qui le rend indisponible aux autres, au monde et aux œuvres qu’il regarde comme des produits.» telle est l’analyse de Bernard Stiegler.

L’EDUCATION ET LE MARKETING, DYNAMIQUES CONTRAIRES

Sur le terrain, on est bien loin de ce «citoyen-consommateur» auto-responsabilisé et alphabétisé technologique.

Dans la salle de réunion du GSARA, Julie van der Kar est catégorique «Notre travail est de plus en plus utile, mais sur le terrain, c’est de plus en plus dur. Construire quelque chose sur la durée est devenu très compliqué. Les jeunes sont plus « geek » que les adultes. Ces «digital natives» savent tous utiliser leur GSM, Facebook et les nouvelles technologies, mais ils manquent de recul. Techniquement, ils maîtrisent les outils, mais pour dire quoi? Les contenus sont de plus en plus creux. Leur nouvelle valeur «tendance», c’est la célébrité. Peu importe la raison de celle-ci. De l’autre côté, les adultes ont plus de recul. Mais bien souvent, ils sont paralysés par la technologie. Nous sommes en plein dans la «fracture numérique».

Chez Média Animation aussi, on ne partage pas cette vision marketing de l’éducation aux médias par l’OFCOM. Pour Anne-Louise Boute, la dynamique bibliothécaire «Les gens consomment sans se rendre compte, sans être attentifs. L’éducation aux médias, c’est prendre le temps de s’arrêter pour décoder les discours, interroger les opinions. Citoyen d’accord, mais la consommation, c’est l’ennemie de l’éducation». Myriam Wallaert poursuit «Ce qui manque le plus en matière d’éducation aux médias c’est une étroite collaboration entre les scientifiques, les politiques et les gens de terrains»

Yves Collard, formateur au programme MediaCoach, a lui choisi de prendre le contre-pied. Il part de l’analyse de la publicité et du marketing pour faire de l’éducation aux médias.

Le soleil brille. Dans les locaux du GSARA, au pied des institutions européenne, Bernard Fostier, coordinateur pédagogique, essaie d’esquisser le futur de l’éducation aux médias «Il est temps de passer à une phase d’action critique et mobiliser le monde politique. C’est difficile, mais les événements nous y pousseront de plus en plus. La place est libre pour saisir la question de l’éducation aux médias au niveau politique, mais comment faire ? On travaille à armes inégales contre les lobbys, des mecs d’agence de communication super bien payés pour travailler sur l’intérêt des compagnies. On va devoir trouver une solution mentale, un échappatoire, prochainement au risque de se faire asphyxier. Je pense que le salut viendra par un événement médiatique que l’on aura pas vu venir. Un média qui n’a pas encore été inventé peut-être ?»

Grégory Jacquemin

TUNISIE: Le difficile chemin de la liberté

Article rédigé dans le cadre de l’IDJ, le 2 février 2011 ///

Ben Ali a chu, la Tunisie arpente la voie de la démocratie

Le 14 janvier 2011, face à la pression de la rue tunisienne, Ben Ali, président depuis 1987, prend la fuite en Arabie Saoudite. Une dictature de 23 ans prend fin. Aujourd’hui, les cendres encore chaudes de la révolution tunisienne sont soumises à des vents contraires.

Le détonateur de cette révolution, c’est le geste désespéré du jeune Mohamed Bou’aziz le 17 décembre 2010, quelques jours avant Noël. En s’immolant, ce Tunisien de 26 ans a manifesté son désespoir face à une société où la liberté est étouffée, où la jeunesse est humiliée par le pouvoir. Prenant de l’ampleur, entre-autres grâce aux réseaux sociaux sur Internet, cet acte de désespoir est devenu le cri de révolte de tout un peuple. Après un mois de manifestations et de protestations, la dictature de Ben Ali prend fin.

Pour Lanis Andoni sur le site d’Aljazeera, « les racines du soulèvement tunisien sont une combinaison mortelle de pauvreté, chômage et répression politique, trois caractéristiques de la plupart des sociétés arabes ».

Sous le règne du couple Ben Ali – Leïla Trabelsi, la jeunesse tunisienne n’avait aucune perspective d’avenir. Pratiquant népotisme et corruption, le clan des Trabelsi détenait des pans entiers de l’économie du pays. Cette « kleptocratie » mafieuse détournant argent et marchés, appauvrit un pays sans ressource majeure. Le taux de chômage est important, spécialement chez les jeunes. La police tunisienne, bras armé du pouvoir, en sur-effectif ,un classique des dictatures, terminait de briser les aspirations du peuple à coups de bâton, tortures et humiliations.

Si, aujourd’hui, un vent d’espoir et de renouveau nous vient   de la Méditerranée, la Tunisie n’est pas encore stabilisée.  Le chemin de la liberté et son corollaire, la démocratie est long et semé d’embûches.

Au niveau politique, il faut nettoyer les institutions et les administrations des membres du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), le parti de Ben Ali, tout en assurant une transition jusqu’à de nouvelles élections. Ce gouvernement de transition dont le chef est Mohammed Ghannouchi, ex-Premier Ministre de Ben Ali, reste une source de tensions.

Economiquement, c’est tout le secteur qu’il faut reconstruire rapidement. Le premier chantier sera de se débarrasser du réseau de corruption qui gangrène l’économie tunisienne pour redonner confiance aux investisseurs. Les Tunisiens devront agir vite et bien pour compenser les pertes des rentrées touristiques et la dévaluation de la dette du pays par les agences de notations sous peine de voir le chômage augmenter de manière encore plus dramatique que sous la dictature de Ben Ali.

Les médias tunisiens doivent apprendre la liberté d’expression. Oscillant entre le lynchage médiatique des personnes gravitants autour du couple présidentiel et la docilité à l’égard de Ghannouchi, Premier Ministre de transition, ils oublient que le plus urgent, actuellement, est de susciter un espace libre de discussion et de réflexion.

Un espace d’autant plus urgent que le pays doit être pacifié. Certaines villes sont en proie aux pillages, aux émeutes et l’insécurité règne. Le corps de police qui a dénoncé publiquement sa direction le 23 janvier, n’a toujours pas la confiance du peuple malgré les appels à la réconciliation. L’armée pour s’être opposée à Ben Ali, jouit d’une opinion favorable auprès des Tunisiens, mais elle ne peut pas garantir la sécurité intérieure et extérieure du pays.

Derrière ces émeutes, il y a un autre danger. L’ombre menaçante du retour du dictateur. Deux jours après sa fuite, son chef de la sécurité, le général Seriati est accusé de « complot contre la sécurité intérieure de l’Etat » pour avoir organisé des pillages avec des miliciens. Selon Mezzi Haddad, ambassadeur tunisien démissionnaire cité par le Soir, Ben Ali a prémédité l’anarchie en vue de reprendre le pouvoir, fournissant armes et argent à sa garde rapprochée afin de provoquer la guerre civile tout en sollicitant une intervention militaire du voisin libyen.

Les chantiers sont conséquents et les périls nombreux, la société civile et le tissu associatif auront un rôle important jouer.

Si le peuple tunisien relève les défis qui s’offrent à lui, ce petit état du Maghreb peut devenir une grande démocratie pluraliste et insuffler un nouvel élan aux Lumières du monde arabe-musulman.

UE : Athéna, déesse aux pieds d’argile

Opinion rédigée pour l’IDJ le 2 février 2011

Sur le long et difficile chemin de la construction  européenne, la plus grande avancée est certainement la stabilisation du vieux continent et les progrès qui en ont résultés. L’impulsion européenne instituée dans la déclaration de Schumann en 1950 et poursuivie, aujourd’hui, par l’Union Européenne a permis à la paix s’installer enfin durablement. Depuis plus de 65 ans, les Nations qui la composent sont en paix. Cette stabilité a été le terrain fécond de maintes avancées sociales et économiques. Grâce à l’Acte Unique en 1977, le Traité de Maastricht et Schengen, la libre circulation des personnes est majoritairement beaucoup plus aisée dans l’espace européen. L’institution d’une zone de monnaie unique, l’Euro, a facilité les transactions et d’une certaine manière favorisé la mobilité. Dans le domaine spatial, l’Agence Spatiale Européenne est réputée pour son efficacité dans la mise en orbite de satellites. Le consortium européen Airbus se dispute régulièrement la première place d’avionneur civil avec Boeing, le concurrent américain. Le règlement REACH sur les substances chimiques s’inscrit dans une législation moderne de défense de l’environnement et du consommateur. La mise en place des accords de Bologne, au niveau de l’enseignement supérieur et du plan Erasmus distillent peu à peu dans la jeunesse européenne un sentiment d’appartenance à un grand continent de plus de 550 millions d’âmes. Une identité européenne à l’oeuvre.

Malheureusement l’Union européenne souffre d’un problème d’image. Un grand nombre des opinions publiques qui composent cette Union, la juge trop opaque, trop complexe. Pourtant, avec le Traité de Lisbonne de 2007, beaucoup de progrès ont été faits vers un système démocratique européen plus direct, plus transparent. Le droit à l’Initiative Citoyenne, la charte des Droits Fondamentaux et l’obligation de consultation sont avec, le Parlement, la preuve d’une dynamique européenne vers l’émergence d’une réelle démocratie participative.

Athéna peut être parfois très maladroite et un système démocratique est par essence imparfait. L’Union européenne est souvent malmenée par les gouvernements des pays qui la composent. Jusque dans les années 80, les gouvernements nationaux étaient les garants de l’organisation démocratique de la société, de l’économie, de la justice et tout les domaines de la société. Avec la globalisation de l’économie et de la finance, les dérégulations et la conquête du monde par le paradigme néolibéral, les gouvernements nationaux ont perdu certaines prérogatives. Aux yeux de leurs opinions publiques, ils n’étaient plus capables de contrôler le pouvoir économique et financier. Il a fallu que ces gouvernements restaurent fonction. Le discours sécuritaire que l’on a vu apparaître dans de nombreux pays occidentaux en est un exemple frappant. L’Europe est aussi dans la ligne de mire de ces nouveaux discours politiques. Le « machin » européen est vu comme complexe, non-démocratique. Les « technocrates » et les « bureaucrates » de Bruxelles « nous » imposent des nouvelles règles. Les gouvernements nationaux utilisent l’excuse européenne à leur convenance. Positivement, c’est, invariablement, grâce à la ténacité du gouvernement du pays X que la mesure est bonne. Négativement, l’Europe est responsable des maux qui touchent les citoyens du pays X. La résistance des pays européens a se fondre dans l’Europe est grande. Elle est souvent proportionnelle à la taille du pays.

La crise économique est probablement une des meilleure chose qui soit arrivé à l’Europe depuis longtemps. Depuis les errements catastrophiques de la haute finance, les citoyens européens sont extrêmement sensibles au fait économique. Avec le Plan de Stabilisation Economique tout les yeux sont tournés vers les institutions européennes et leurs capacités à relever le gant. L’intérêt citoyen sur le thème, la couverture médiatique, le débat politique national autour de la question sont autant de facteurs qui permettent de penser que l’Europe va, à nouveau, occuper une place importante dans la vie de chacun.

Le risque est à la hauteur du défi, immense. Si l’Europe pose les mauvais choix face à la crise économique, elle risque de disparaître et plus rien ne pourra garantir que le vieux continent restera paisible.

 

Grégory Jacquemin

UE: Recommandations sur Fonds de Crispations

Article rédigé pour L’IDJ le 13 janvier 2011 ///

Le «Semestre européen», nouvelle approche budgétaire de la zone euro, commence par un désaccord.

RECOMMANDATIONS SUR FONDS DE CRISPATIONS

La Belgique dépose son bilan budgétaire pour l’exercice 2010. Le résultat est plutôt bon. Le Portugal parvient à un succès lors de l’émission de ses obligations. L’Allemagne affiche une croissance record pour 2010. 3,6%, pour la première fois depuis la réunification en 1990. La Banque Mondiale est optimiste.

Les marchés semblent satisfaits. Les augures étaient bonnes pour le lancement du «semestre européen». L’UE veut montrer au monde qu’elle a la volonté de coordonner ses politiques budgétaires.

C’était sans compter sur une division entre Bruxelles, Berlin et Paris autour du Fonds européen de stabilité financière (FESF).

CRISPATIONS

Mercredi, lors de la présentation des dix recommandations pour permettre aux  Etats membres de revenir à la croissance, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a plaidé pour un renforcement de la capacité effective de financement du Fonds de stabilité et élargir ses possibilité d’intervention. «Nous vivons toujours une période d’instabilité» a rappelé le président. Cette déclaration a surpris la France et l’Allemagne qui estiment qu’un Fonds de stabilisation européen garanti à hauteur de 440 milliards d’euros est suffisant pour aider les pays en difficulté, Espagne et Portugal compris.

Pour la France, il n’est pas question de revenir sur le Fonds en l’état. François Baroin a indiqué «que le fonds inscrit dans la durée était suffisamment important pour répondre aux demandes formulées par tel ou tel pays». A Berlin, la discussion est encore possible. Pour Angela Merkel, le fonds de réserve est à peine entamé, mais l’Allemagne «fera ce qui est nécessaire au soutien de l’euro».

FONDS

Le FESF existe depuis le printemps 2010. Ce fonds vise à sortir l’Union européenne de l’ornière économique dans laquelle elle se trouve depuis la crise grecque. Sur les 440 milliards d’euros d’obligations de pays membres seulement 250 milliards obtiendraient la note AAA, restreignant les capacités réelles de prêt. L’Irlande mobilise, pour l’instant, le fonds à hauteur de 7% pendant 3 ans.

Le 24 janvier, le FESF lancera sa première émission d’obligations pour un montant de 5 milliards d’euros. Pour Monsieur Barroso, ce qui importe c’est «d’envoyer des signaux forts et prendre des décisions fortes afin de montrer notre détermination à préserver la stabilité de la zone euro». Le président de la Commission estime qu’il faut profiter de l’accalmie financière pour envoyer ces signaux aux marchés qui doutent de la capacité de l’Union européenne à se mobiliser en cas de difficulté espagnole. Dominique Strauss-Kahn, le directeur du Fonds monétaire international, reçu mercredi à Bruxelles, partage cette analyse. Mr. Barroso estime que les vingt-sept pourraient conclure un accord sur ce dossier lors du Conseil européen du 4 février.

RECOMMANDATIONS

Seule, une augmentation des capacités d’emprunts réelles de la zone euro, ne pourra pas pérenniser la nouvelle assurance des marchés. L’Union européenne a un problème de fonds qu’il s’agit de juguler. Les dérapages de certains Etats membres ont montré que le dispositif de surveillance de la discipline budgétaire de l’UE, basé sur le Pacte de stabilité, est insuffisant. Le «Semestre européen» est censé combattre ce problème en assurant une meilleure coordination des politiques économiques des Etats membres au moment de l’élaboration des budgets nationaux. Il s’est ouvert, mercredi, par la présentation du rapport annuel de la Commission sur la croissance. Ce rapport doit servir de référence aux gouvernements nationaux lors de l’élaboration de leurs budgets et de leurs stratégie socio-économiques. «C’est une nouvelle phase de l’intégration européenne. Nous guiderons les politiques en amont plutôt que de les juger en aval» a expliqué M. Barroso. Les gouvernements doivent présenter leurs budgets et stratégies à la Commission en avril.

Le rapport prône une série de réformes structurelles au niveau de l’emploi et des pensions. Il recommande de baisser la fiscalité sur le travail, de lier l’âge de la retraite sur l’espérance de vie. Les Etats sont aussi invités à assainir leurs finances. Une réduction annuelle du déficit structurel à concurrence de 0,5% de point de PIB est un minimum, qui ne sera pas forcément suffisant a fait valoir le commissaire aux Affaires économiques, Ollie Rehn. Ce dernier a appelé les gouvernements à «ajuster les dépenses en préservant celles qui sont favorables à la croissance» et privilégier les impôts indirects aux impôts directs.

Grégory Jacquemin

SOCIÉTÉ: Déglingolade

Reportage rédigé pour l’IDJ le 10 janvier 2011 ///

Pendant six ans, les Déglingos, un groupe de bénévole participa au festival de Dour. Entre excès et rêve brisé, retour sur une période d’insouciance et d’inconscience.

Juillet 2007, Festival de Dour, Hainaut. L’air d’été, chargé d’électricité statique, est lourd. Le soleil descend doucement vers un horizon découpé par les terrils. Sur la plaine du festival, il règne une certaine tension. Une fébrilité palpable signe la fin de la dernière journée de montage avant l’ouverture. Demain, des milliers de festivaliers vont remplacer les montes-charges et camions éparpillés en tout sens. Les coups de marteau résonnent sur les structures métalliques. Les pompiers inspectent une dernière fois les installations. Les agents de sécurité font des rondes avec leurs chiens. Des gens s’agitent, partout sur l’énorme site. Les sponsors ont déjà imprimé leur empreinte. Les talkie-walkies grésillent mille instructions. Au loin, on peut entendre les festivaliers hurler dans leur camping.

NO BRAIN, NO PAIN

Au milieu de ce chaos, un groupe s’avance. Lunettes de soleil, couvre-chefs divers, gants de travail, sac à dos et canettes de bière. Seize personnes formant, comme indiqué sur leur t-shirt, le « Mad Déglingo Crew ». God, LaCale, Faquin, V2L, Tcarré, Ponette, Poyon, Pilou, Papa, Maurice, Schizophonic, Rotmachine, Nicho, Nico, Fox. La bande des Déglingos, partageant un goût certain pour la provocation, l’humour trash, les hurlements et les déguisements. Tous sont bénévoles pour le festival sauf Seb, régisseur professionnel. Après une journée à monter la scène dont ils sont responsables, la « Magic Tent », ils rejoignent leur camping pour se saouler et rigoler. Au fil des saisons, les Déglingos ont développé un jargon particulier et un certain penchant pour les jeux de mots bancals. Un  festivalier est un « animal », leur camping est le « zoo », les Déglingos boivent un bourbon surnommé « l’éjac Daniels ». Et si tu n’est pas « Check », c’est que tu es Croate. De manière générale, les Déglingos ne parlent pas, ils hurlent.

« No Brain, No Pain », le ton est donné. « Pas de cerveau, pas de douleur », c’est la devise Déglingo de cette édition. Chaque année, ils arborent un t-shirt avec leur nom et un nouveau slogan.

Issus d’origines très différentes, les Déglingos dénotent du reste des travailleurs. Bénévoles, ils prennent une dizaine de jours de vacances pour assister au festival. Architectes, comptables, doctorants, plasticiens, caméramen, monteurs, indépendants, salariés ou chômeurs composent ce groupe hétéroclite.

Dans une bande aussi disparate, faite de bric et de broc, il est difficile de trouver l’essence qui rassemble les Déglingos. Chacun y vient pour trouver quelque chose. Surtout la perspective de se retrouver ensemble autour d’un projet commun et vivre dans l’excès. Une sorte de « destruction constructive », s’abandonner aux charmes interdits des festivals et se laisser dériver dans un délire de musique, alcool et autres abus – sex,drugs and rock’n’roll -. Mais attention, chez les Déglingos, on se détruit « sérieusement ». Ils mettent un point d’honneur à ce que leur travail soit irréprochable. Et ce travail est réel et dangereux.

Montage des scènes avant le festival. Permanence et changements de groupes pendant. Démontage après. En moyenne, un semi-remorque par scène, des tonnes de matériel à déplacer, monter, brancher, vérifier. Pour la « Magic Tent », il faut compter une centaine de points lumineux; des projecteurs de types, tailles, poids divers à installer sur des ponts et monter. Le job est conséquent: entre un jour et un jour et demi d’installation.

Il faut vivre l’expérience pour comprendre comment une bande d’individus non-professionnels, hirsutes, alcoolisés, drogués, fatigués puissent si aisément entreprendre le démontage d’une scène en moins de huit heures.

Axel, responsable de l’équipe des techniciens de la « Magic Tent » se rappelle: « La première fois que je les ai vu, je n’en croyais pas mes yeux. Aujourd’hui, je peux dire que c’est une des meilleure équipe avec laquelle j’ai travaillé. Efficaces et surtout très drôles, ce sont des extra-terrestres. Il règne une grande cohésion dans le groupe. Ils n’ont presque pas besoin de parler pour communiquer. » Greg, ingénieur du son, complète: « Pris indépendamment, ils ne sont guère impressionnants. Ensemble, les Déglingos dégagent un charisme particulier. J’ai vu des musiciens de métal, couverts de tatouages de la tête au pied, l’air mauvais, avoir peur d’eux. Une fois, ce sont des journalistes qui sont venus les interviewer pensant que les Déglingos était un groupe qui se produisait sur scène. Ils ont réussi à balader les journalistes pendant une heure, improvisant des anecdotes de plus en plus grosses! »

DOUR OR DIE

J’ai rencontré les Déglingos en 2002, lors de mon premier festival de Dour. Cette année-là, il flottait dans l’air comme une sorte d’urgence à jouir. Moins de dix mois auparavant, le monde entier assistait en direct à un méta-évènement. Le 11 septembre 2001, les tours du World Trade Center s’écroulaient et le monde basculait autour d’un axe oscillant entre le bien et le mal. L’onde de choc de la destruction provoqua un tsunami anxiogène sur toute la surface du globe. Tapis dans l’ombre, de vieux démons se réveillaient et des grands mots comme « anthrax », « psychose », « terrorisme », « attentats », « menaces » s’étalaient à la une des quotidiens du monde entier. Cet été 2002, il fallait vivre hors limites pour se sentir vivant, pour échapper à la peur. Option prise par la joyeuse bande foutraque des Déglingos.

Dour est l’endroit rêvé pour vivre cette catharsis. Festival musical alternatif existant depuis des années, il traîne derrière lui une réputation sulfureuse. Espace-temps de tout les excès, carrefour Européen des arrachés, drogués et autres freaks. Découvreur de talents et de nouvelles tendances, de l’électro pointue au métal malade. Six scènes et quatre jours de musique. Plus de 200 concerts pour une moyenne de 120 000 « animals » (festivaliers).

« Red Frequency », « Last Arena », « Dance Hall », « Petite Maison dans la Prairie », « Club-Circuit » sont les sobriquets des différentes scènes, les différents repères spatiaux qui forment le monde de ce festival. La « Magic Tent » est le champ d’action des Déglingos. Une scène dont la programmation côtoie chaque saison le surréalisme. Les artistes les plus inclassables, les plus borderlines s’y croisent. Vers trois heure du matin, le public semble sorti d’un film de zombies. Un biotope parfait pour les Déglingos.

DOUR, C’EST COMPLETEMENT SURFAIT

2007. Cela fait maintenant cinq ans que j’observe les Déglingos. Avec le temps j’ai pû comprendre leur us et coutumes. Les conditions de travail sont amusantes, mais ardues. L’organisation du festival cherche à faire des économies sur tous les postes. Chaque année, c’est la guerre pour avoir des boissons fraîches et non-alcoolisées à l’arrière de la scène. Les bénévoles n’ont droit qu’à un repas chaud par jour pour des journées de parfois vingt heures. Pour pallier aux défiances de l’organisation, les Déglingos ont déployé toute une logistique. Le Backstage, l’arrière-scène est un territoire aménagé à protéger en priorité. Faquin, le typographe du groupe vient de terminer de peindre la longue bâche noire qui cache le campement de l’équipe de la « Magic Tent ». Une énorme typographie s’étend sur le plastique, « The Mad Deglingo Crew Only ». Devant, des bouchons dans les oreilles pour se protéger des décibels du groupe sur scène, Fox, Schizo, LaCale et Pilou s’occupent en dessinant sur la planche de bois qui leur sert de table basse. Le soleil de l’après-midi cogne et dessèche la plaine. Sous leurs lunettes de soleil, les Déglingos ont les pupilles explosées par trop de joints qui tournent entre-eux. De temps en temps, l’un d’eux hurle « Fume ta bite ! », un cri de ralliement inexplicable. Derrière la bâche, quatre tonnelles forment un abri. Un frigo, un barbecue, des bancs, tables et hamacs. Près de la rampe qui mène à la scène Papa, l’organisateur affectueux de la bande discute avec Seb, régisseur, le chef de la scène. C’est lui qui coordonne la valse des techniciens, des musiciens et des Déglingos. Avec les années, une véritable amitié s’est tissée entre lui et le groupe. Habitué à mener sa scène sans accroc quelles que soient les conditions. Pour lui, les Déglingos sont capables de remuer des terrils. De son côté, Seb leur fait une confiance presque aveugle et sait défendre les intérêts de son équipe face à la production. L’organisation d’un festival n’est jamais une science exacte.

Les Déglingos sombrent de plus en plus dans un état second. Les yeux sont gonflés par les nuits sans sommeil… A force de vivre sous tente, si proche de la terre et de la boue, l’animalité prend le pas sur les vestiges d’humanité encore présents. Le régime « Pastis-bières-alcool-champignons-amphétamines-cannabis-cocaïne-musique » fait son effet sur la troupe. Maurice passe des heures à hurler « ta gueule » dans un cône de circulation. Ce soir, il se blessera les gencives en trébuchant. God porte des lunettes de soleil lui donnant un air pervers. Poyon se confectionne une Burqua improvisée pour provoquer les festivaliers.

GUEULE DE BOIS

Fin 2007, Seb, le chef d’orchestre, se suicide. Avec sa mort, autre chose disparait. L’innocence, la naïveté des Déglingos qui pensaient que le temps des festivals pouvait durer toute la vie. Tôt ou tard, la réalité nous rattrape. On ne peut pas la fuir impunément. Suite au décès de Seb, la prise de conscience et l’atterrissage sont très durs. Une nouvelle onde de choc traverse le groupe. Chaque Déglingo est secoué. Les excès de la vie hors-limite se payaient cash. Seul Tcarré quitta le groupe pour une vie artistique et insomniaque sur le chemin de l’extrême. Une sorte de situationnisme punk. Les autres firent face. Des familles furent fondées. Papa soigna son alcoolisme, Maurice appris à cohabiter avec ses tendances schizoïdes. La vie des Déglingos pouvait continuer, mais autrement. Conscients de la finitude du groupe et de sa mort certaine. L’alchimie particulière de toute ses personnalités ne pouvant pas être reproductible, les Déglingos envisagèrent le monde des festivals autrement. Il était temps de quitter Dour. Pour ce festival c’était aussi la fin d’une époque. le centre de gravité de l’industrie musicale étant passé de la vente de support à l’événement live, il fallait professionnaliser la scène. Il n’y avait plus de place pour des bénévoles « professionnels » surtout sans Seb pour les défendre. La dernière saison des Déglingos à Dour en 2008 eut des allures de politique de la terre brûlée. Une sorte de baroud d’honneur pour les Déglingos qui se livrèrent, une dernière fois, à tout les excès et toutes les provocations. Entre autres derniers faits d’armes, ils tinrent éveillés toute la nuit un camping de 200 personnes contre leur gré. Nul n’osant leur demander de s’arrêter.

J’ai été le témoin privilégié d’une époque révolue qui n’existe plus aujourd’hui que dans certaines mémoires, parmi les neurones ayant échappés aux excès. La bestialité, l’animalité qui pouvait régner dans les festivals a laissé place à un monde sauvage de pacotille, une « mainstreet » de DisneyLand en toc et en stuc où les étendards de plus en plus invasifs des sponsors ont effacé les rires des Déglingos.

Grégory Jacquemin

PORTRAIT: De Ludwig à Louis

Portrait rédigé pour l’IDJ le 29 novembre 2010 ///

Embrassant le destin de sa ville de Malmédy, la vie du sénateur Louis Gob reflète les vicissitudes historiques particulières à cette région.

Bruxelles, Place de la Nation, le 20 mars 1940. Les arbres des allées du Parc Royal sortent peu à peu de leur sommeil hivernal. A l’intérieur du Sénat, la lumière jaune, chaude des lustres dorés se diffuse sur le tapis rouge de l’hémicycle. Les murmures de la guerre agitent les esprits. Saisissant ses béquilles, souvenir de la « Grande Guerre », le sénateur socialiste de Malmédy, Louis Gob, autrefois Ludwig, quitte son siège, laissant découvrir le lion du Royaume de Belgique cousu dans le dossier.

Ses yeux d’un bleu très clair observent l’assemblée qui lui fait face et, d’une voix douce presque inaudible, il prend la parole « Je ne crois pas me tromper en disant ce que j’ai appris dans la presse ; certains parlementaires osent dire qu’ils ne sont pas fiers d’être Belges. Moi, ancien combattant allemand et grand mutilé de guerre, je tiens à déclarer solennellement devant le Sénat dont je m’honore de faire partie, je tiens, dis-je a à déclarer que je suis fier d’être Belge, pays de liberté, de démocratie et de paix.« 

« Aussi, c’est avec plaisir que je salue le projet de loi qui vise à protéger nos institutions contre les propagandes destructives de notre indépendance.« 

Le spectre de la guerre en Europe se fait de plus en plus menaçant. Le mouvement pro-allemand se développe partout. La propagande anti-Belgique fait rage dans la région de l’est. Durant les législatives de 39, le Parti Ouvrier de Louis Gob doit, comme le rapporte le Soir se battre contre le Heimattreue Front (Front Patriotique pour le rattachement des cantons de l’est à l’Allemagne) doté de trois fois plus de moyens.

Moins de 2 mois plus tard, le 10 mai 1940, la seconde guerre mondiale éclate. La région Eupen, Malmédy, Saint-Vith tombe sous l’emprise allemande et la situation y est très difficile. Le journal La Meuse écrit : « Pour les Allemands, ils étaient un peu comme des compatriotes qui devaient, par leur attitude et leur obéissance sans réserve, racheter une trahison passagère. »

De Wallon prussien à Belge

De nationalité belge depuis 1922, le sénateur Gob recherché par les Allemands pour traîtrise, doit quitter Malmédy, sa ville natale, pour la seconde fois. Son fils se souvient : « Mon père a été expulsé des Cantons. Il avait déjà été expulsé par les Belges après 18, et il a été à nouveau expulsé en 40, cette fois par les Allemands. C’est ainsi qu’il est allé à Liège, où il a eu une activité de résistance. Il s’occupait surtout d’héberger les jeunes gens des cantons rédimés d’Eupen, Malmédy et Saint-Vith, réfractaires à la Wehrmacht ou bien déjà déserteurs.« 

Quand Ludwig Gob nait le 2 mars 1886 dans une famille catholique pratiquante, sa ville natale fait partie de la Wallonie Prussienne depuis le Congrès de Vienne signé un an auparavant. En 1920, suite au Traité de Versailles et une consultation populaire, la région Eupen, Malmédy, Saint-Vith que les habitants appelle « Neubelgien » (Nouvelle Belgique), décide de rejoindre le Royaume. Le choix est laissé aux habitants de prendre la nationalité belge ou de rester Allemand. Le fils de Ludwig se rappelle « Mon père a demandé la nationalité belge, mais elle lui a été refusée » (Les parents, les frères et soeurs de Ludwig décident tous de rester allemands). Suite à un séjour en prison en novembre 1919 pour ses activités politiques, il est expulsé. « Il a dû partir en Allemagne , il était donc toujours allemand, et à ce titre-là, il a travaillé à la poste volante, donc au service de l’Etat Allemand. » La nationalité belge lui sera finalement accordée le premier août 1922. Il change son prénom de Ludwig en Louis comme pour effacer des souvenirs trop douloureux de son passé.

Les souffrances des deux guerres

A 20 ans, il fait son service militaire dans la marine du Kaiser. A ce titre il reste stationné en Chine pendant trois ans. Plus tard il s’installe comme boucher-charcutier à Malmédy avant d’être rappelé sous les drapeaux pour participer à une autre boucherie, la Grande Guerre. Contraint de servir dans l’infanterie de la marine allemande, le wallon prussien doit se battre contre les Belges sur le front de l’Yser. Le 4 février 1915, une série de balles revolver détruisent son genou gauche. En 1918, la grippe espagnole emporte sa femme et son jeune fils. L’enfant décède le jour de l’enterrement de sa mère. « Cette épreuve a eu comme résultat la fin de la pratique religieuse de mon père » se remémore son fils.

En juin 1940, l’histoire se répète une nouvelle fois pour Louis Gob. Séparé de sa seconde épouse et de son fils durant sa fuite à Liège, il craint le pire. Louis se fait alors une promesse; si sa femme et son fils sont sains et saufs, alors il fera la paix avec son dieu ».

Il restera catholique pratiquant jusqu’à la fin de sa vie. Et ce, malgré son engagement politique. Pour son fils ; « C’était un socialiste acharné, mais pratiquant; je crois que c’est le seul à cette époque à être socialiste et pratiquant« . Pour le sénateur, la religion n’a rien à voir avec la politique. Tant pis si les journaux socialistes, choqués par son enterrement religieux, ne relatent pas ses funérailles.

Malmédy, fondement d’un engagement politique

Après 1918, Ludwig Gob fonde le Parti ouvrier de Malmédy. En 1927, il est élu conseiller communal de la ville de Malmédy. Le quotidien Le Travail dresse son portrait « Il est de l’équipe glorieuse qui a conquis, après 1918, la coquette cité de la Warche au socialisme » . Suite à son expérience sur le front, il est particulièrement sensible à l’aide aux anciens combattants et invalides de guerre. Emile Gohimont, de La Fédération Nationale des Invalides souligne « Il s’est également acharné afin que soient mis sur un même plan, les combattants de la Wallonie Prussienne et les belges ayant combattu sur le front de l’Yser« . Taiseux et discret, c’est essentiellement grâce à la sympathie née de son investissement dans la cause des mutilés de guerres et anciens combattants que Louis Gob est élu sénateur le 2 avril 1939. « Comme dans de nombreuses familles il y avait des invalides de guerre, et que Gob lui-même était un grand invalide, ces circonstances ont encouru à son élection« .

A la fin de la seconde guerre, Louis occupe temporairement le poste de Bourgmestre de Malmédy pendant quelques semaines avant de reprendre ses activités de sénateur. Le 6 mars 1945, s’adressant au Sénat, il rappelle que la situation dans sa ville natale, malgré la fin de la guerre est encore très difficile : « De l’examen de la situation telle qu’elle se présente depuis la libération du sol national, il en résulte que les premières mesures réclamées à cor et à cri par les nombreux et fidèles sujets sont l’expulsion des nazis et l’épuration parmi la gent des inciviques. »

« Pendant plus d’un siècle, Prussiens et Allemands se sont acharnés pour détruire notre langue wallonne, mais ils ont échoués. Durant cette guerre tragique, nous avons tous assisté à la déportation de nos braves ouvriers et ouvrières, à l’arrestation de nos patriotes et otages. Notre coeur saignait à la pensée des souffrances physiques et morales de ces pauvres innocents. »

En 1946, le mandat de sénateur de Louis Gob n’est pas reconduit aux élections législatives. Infatigable, Il continue néanmoins à s’investir dans ses missions auprès de la Commission d’Aide Publique, la Fédération Nationale des Invalides et celles des Combattants.

Atteint d’un cancer, Louis Gob s’éteint en 1961 à l »âge de 75 ans dans la Clinique Reine Astrid de Malmédy dont il participa à la reconstruction.

Viscéralement lié à sa ville natale, la vie de Louis Gob fut le reflet de l’histoire de Malmédy,  partageant les mêmes peines, les mêmes espoirs.

Ancien combattant prussien et mutilé de guerre, il choisit de devenir Belge. Homme juste, loyal et droit, il servit ses causes avec un dévouement constant; invalides, anciens combattants, parti ouvrier, résistance et surtout, la Belgique et ses Institutions.

Sénateur discret, il a toujours défendu sans compromis les intérêts du pays en combattant inexorablement les tendances nationalistes. Ses prises de paroles résonnent aujourd’hui avec un écho particulier dans la Belgique que nous connaissons.

« Je suis fier d’être Belge, pays de liberté, de démocratie et de paix. »

Grégory Jacquemin

BELGIQUE: Le Surréalisme est-il soluble dans le Nationalisme ?

Une opinion rédigée pour l’IDJ le 27 octobre 2010 ///

Le Rattachement de la Wallonie et de Bruxelles à la France est un combat d’arrière-garde d’illuminés en manque de publicité.

En consultant le site Internet du Rassemblement Wallonie-France, je me demande comment les «rattachistes» peuvent être convaincus de ce qu’ils avancent.

Le rattachement à la France relève plus du fantasme que de la politique. Les «rattachistes» vivent dans un monde imaginaire où l’herbe est toujours plus verte chez le voisin. Notre Belgique n’est pas parfaite, loin s’en faut. Le bilan de la France, ces dernières années, est catastrophique. «Liberté-Egalité-Fraternité» n’est, hélas, aujourd’hui qu’un slogan qui occulte la réalité française. L’expulsion des Roms et le fichier ethnique de la Gendarmerie en sont deux parfaits exemples.

Les Belges qui vivent dans une société égalitaire et solidaire sont-ils prêts à troquer cet équilibre pour une société de classes, élitiste ?

N’en déplaise aux «rattachistes», le Belge, wallon ou bruxellois, n’est pas un Français. Nous partageons une langue, mais la Belgique est loin d’être la France. Le surréalisme n’est pas soluble dans le Nationalisme. La richesse de la Belgique, notre identité, nos racines sont issues de la rencontre et de la coexistence des Germains et des Latins, des Flamands et des francophones. Coupés de la Flandre, nous perdrions notre âme.

Notre sensibilité belge, la «Belgitude» est incompatible avec le modèle français, républicain et patriotique. Imagine-t-on les joueurs du Standard chanter la sanglante Marseillaise ? Les écoliers francophones vont-ils devoir lire la fameuse lettre de Guy Moquet ? Est-ce que Albert II va perdre la tête ?

Il y a, en France, une tradition nationaliste séculaire qui flirte parfois avec la xénophobie et le racisme. S’intégrer à la France c’est hériter d’un Front National capable d’arriver au deuxième tour d’une élection présidentielle. Sommes-nous prêts à nous fondre dans un pays en complet repli identitaire ? A part être la cible de blagues douteuses, que deviendrait «le Belge» dans l’identité nationale française ?

A l’heure de l’Europe, le «rattachisme» est une idéologie périmée. Agrandir le territoire français quand les petits pays sont plus stables, quand l’Europe des régions se construit est une ineptie. La Belgique a mieux résisté à la crise économique que la France.

Surtout, en tant que Belges sommes-nous prêts à troquer la photo de la famille royale contre celle de Nicolas et Carla sur les traditionnelles boîtes de biscuits ?

Grégory Jacquemin