BELGIQUE: « Je t’aime moi non plus », entre Reynders et De Wever

Article paru sur le site web de L’Écho le 28 juin 2011 ///

Didier Reynders et Bart De Wever étaient ce mardi à Gand pour une rencontre avec des entrepreneurs. Après une semaine difficile entre les deux partis, l’heure était à la convergence des points de vue. Au moins sur le volet socio-économique…

A l’occasion d’un déjeuner-conférence avec des entrepreneurs à Gand dont l’orateur du jour était Didier Reynders, le président de la N-VA, Bart De Wever, a affirmé qu’il voulait continuer à collaborer à plusieurs niveaux avec les libéraux francophones du MR.

Si, sur le plan socio-économique, il y a beaucoup de points d’achoppement entre les libéraux et les nationalistes, les divergences restent profondes au niveau communautaire.

Introduit par Bart De Wever, l’exposé de Didier Reynders portait sur sa vision retrospective d’une année de crise politique en Belgique. Il a aussi expliqué aux chefs d’entreprises comment il entendait réformer le pays sur le plan socio-économique: économiser dans les dépenses, travailler plus longtemps et diminuer les charges dès que possible, autant de points auxquels a adhéré la N-VA. Les deux partis sont également très proches dans les dossiers de l’asile et de la migration.

C’est sur le plan communautaire que les deux partis risquent de se déchirer.

Pour résoudre l’équation de la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde,  Reynders a évoqué la possibilité de remodeler la Belgique au départ de trois Régions: une wallonne, une flamande, et une bruxelloise qui serait étendue au territoire de la défunte province du Brabant.

Une proposition que Bart De Wever et son parti ne sont pas prêts à entendre.

On notera que ces derniers jours, les relations entre le MR et la N-VA se sont refroidies après les propos tenus par Olivier Maingain, qui avait qualifié Bart De Wever de négationniste. Le président de la N-VA avait ainsi exigé en vain la semaine dernière que le président du MR, Charles Michel, prenne ses distances avec ces considérations.

Grégory Jacquemin pour L’Écho

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BELGIQUE: Kris Peeters veut recevoir lui-même les chefs de gouvernement

Article paru sur le site web de L’Écho le 27 juin 2011 ///

Le ministre-président flamand veut recevoir seul les chefs d’Etat, sans passer par le Premier ministre.

Le ministre-président flamand Kris Peeters veut pouvoir dans le futur recevoir seul des chefs de gouvernement, sans passer par le Premier ministre, selon « De Standaard ».

Un chef d’Etat ou de gouvernement est normalement toujours reçu par le Premier ministre. « Si cela concerne des compétences flamandes, dans le futur cela pourra également, en ce qui me concerne, être par le ministre-président de Flandre », a indiqué Kris Peeters, qui se trouve actuellement à New York afin de promouvoir la Flandre durant une mission économique emmenée par le Prince Philippe.

La première rencontre au sommet est déjà fixée. Kris Peeters recevra en effet le Premier ministre néerlandais Mark Rutte (VVD) le 4 juillet prochain. Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a également déjà accepté une rencontre.

« Le temps où les entités fédérées se trouvaient à la deuxième ou troisième place au niveau international est passé pour de bon », explique Kris Peeters, qui selon le quotidien De Standaard n’a pas discuté de sa démarche avec le Premier ministre, son partenaire de parti Yves Leterme. Yves Leterme n’a pas souhaité dimanche réagir aux projets du ministre-président flamand.

Grégory Jacquemin pour L’Écho

TURQUIE : Erdogan en route vers une grande réforme ?

Article paru dans L’Écho du mardi 14 juin 2011 ///

Son parti, l’AKP, premier de Turquie, devra toutefois composer avec l’opposition pour réformer la Constitution.

Pour la troisième fois consécutive depuis 2002, les électeurs turcs ont affirmé leur confiance dans le Parti de la Justice et du Développement (AKP) du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Dimanche, ce parti issu de la mouvance islamiste a surpassé ses concurrents lors des élections législatives. Avec 49,9% des suffrages, l’AKP pourra former un gouvernement à sa convenance, mais il n’obtient pas le nombre de sièges suffisants pour lancer, seul, son projet de réforme de la Constitution turque.

Dans un discours célébrant la victoire de son parti, Erdogan a laissé entendre qu’il avait compris le message des urnes «  Le peuple nous a adressé le message que la nouvelle Constitution doit se faire par le compromis, la consultation et la négociation (…). Nous ne fermerons pas nos portes, nous irons vers l’opposition ».

«  Le peuple nous a adressé le message que la nouvelle Constitution doit se faire par le compromis, la consultation et la négociation (…). Nous ne fermerons pas nos portes, nous irons vers l’opposition »

L’OPPOSITION PRO-KURDE, OBJET DE CONVOITISE

Au lendemain des élections, Recep Tayyip Erdogan se trouve à la croisée des chemins. Afin de mener à bien son projet de réforme de la Constitution, il va devoir trouver un allié de choix au sein de l’opposition. Il manque en effet quatre sièges à l’AKP pour modifier la Constitution par référendum, vingt-quatre s’il veut la modifier sans l’aval des autres partis ou de l’opinion publique.

Il y a fort à parier que l’AKP se tournera vers le Parti de la paix et de la démocratie (BPD), pro-kurde. Avec 36 sièges au Parlement, 16 de plus depuis 2007, le BPD est le deuxième grand gagnant de ce scrutin et le plus susceptible d’être le favori de l’AKP. Ces dernières année, le Parti de la justice a multiplié ses tentatives de séduction envers les Kurdes, dont l’insurrection dure depuis 26 ans. De l’amnistie partielle pour certains prisonniers politiques à la fin de l’état d’urgence, en passant par l’autorisation de la langue kurde à la radio et à la télévision, Erdogan n’a pas ménagé sa peine pour s’attirer les faveurs des Kurdes. En pleine campagne électorale, il déclarait: « Il n’y a plus de problème kurde ».

« Il n’y a plus de problème kurde »

L’ENJEU CONSTITUTIONNEL

L’AKP n’a jamais caché son projet de faire modifier la Constitution turque, héritée du coup d’état militaire de 1980. Avec son projet de réforme, le parti de Recep Tayyip Erdogan poursuit un double objectif; la transformation de la Turquie en un régime présidentiel à la française, où le pouvoir exécutif est concentré entre les mains du président; et le renforcement du pouvoir civil afin de marginaliser l’armée, garante de la laïcité en Turquie. Si beaucoup louent le bilan positif d’Erdogan, notamment en termes économiques -en dix ans la Turquie a multiplié par 3 son PIB et a atteint l’une des croissances économiques les plus élevées du monde, malgré la crise de 2008-, d’aucuns critiquent la dérive autoritariste du leader de l’AKP ainsi que ses constantes atteintes aux libertés -la Turquie est titulaire du triste record du plus grand nombre de journalistes en Prison. Même au sein de l’AKP, des voix se sont élevées contre ce chef qui écrase de son autorité tout l’appareil du parti.

Au vu de ces éléments, les opposants à Erdogan mettent en garde contre un double mouvement: si le charismatique leader de l’AKP parvient à faire modifier la Constitution, il y a des grandes chances pour qu’à l’horizon 2012, il brigue la fonction suprême et la remporte.

L’armée, affaiblie par le gouvernement au cours des deux législatures précédentes, joue gros. Rempart institutionnel laïque, elle pourrait gêner Erdogan dans ses projets.

Si depuis son accession au pouvoir, l’AKP n’a voté aucune loi à caractère religieux, force est de constater que la religion joue un rôle important au sein de ce parti. S’opposant à ce qu’il appelle la « laïcité autoritaire », le Premier ministre, qui aime à se décrire comme un homme pieux, est parvenu à lever l’interdiction du voile dans les universités, « encadrer » la consommation d’alcool et voir dans le rôle des femmes turques la mission de « faire au moins trois enfants ».

Face aux tentations hégémoniques du Premier ministre, le leader du premier parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), a d’ores et déjà prévenu qu’il observerait Recep Tayyip Erdogan avec grande attention.

Grégory Jacquemin pour l’Écho.

UE : Athéna, déesse aux pieds d’argile

Opinion rédigée pour l’IDJ le 2 février 2011

Sur le long et difficile chemin de la construction  européenne, la plus grande avancée est certainement la stabilisation du vieux continent et les progrès qui en ont résultés. L’impulsion européenne instituée dans la déclaration de Schumann en 1950 et poursuivie, aujourd’hui, par l’Union Européenne a permis à la paix s’installer enfin durablement. Depuis plus de 65 ans, les Nations qui la composent sont en paix. Cette stabilité a été le terrain fécond de maintes avancées sociales et économiques. Grâce à l’Acte Unique en 1977, le Traité de Maastricht et Schengen, la libre circulation des personnes est majoritairement beaucoup plus aisée dans l’espace européen. L’institution d’une zone de monnaie unique, l’Euro, a facilité les transactions et d’une certaine manière favorisé la mobilité. Dans le domaine spatial, l’Agence Spatiale Européenne est réputée pour son efficacité dans la mise en orbite de satellites. Le consortium européen Airbus se dispute régulièrement la première place d’avionneur civil avec Boeing, le concurrent américain. Le règlement REACH sur les substances chimiques s’inscrit dans une législation moderne de défense de l’environnement et du consommateur. La mise en place des accords de Bologne, au niveau de l’enseignement supérieur et du plan Erasmus distillent peu à peu dans la jeunesse européenne un sentiment d’appartenance à un grand continent de plus de 550 millions d’âmes. Une identité européenne à l’oeuvre.

Malheureusement l’Union européenne souffre d’un problème d’image. Un grand nombre des opinions publiques qui composent cette Union, la juge trop opaque, trop complexe. Pourtant, avec le Traité de Lisbonne de 2007, beaucoup de progrès ont été faits vers un système démocratique européen plus direct, plus transparent. Le droit à l’Initiative Citoyenne, la charte des Droits Fondamentaux et l’obligation de consultation sont avec, le Parlement, la preuve d’une dynamique européenne vers l’émergence d’une réelle démocratie participative.

Athéna peut être parfois très maladroite et un système démocratique est par essence imparfait. L’Union européenne est souvent malmenée par les gouvernements des pays qui la composent. Jusque dans les années 80, les gouvernements nationaux étaient les garants de l’organisation démocratique de la société, de l’économie, de la justice et tout les domaines de la société. Avec la globalisation de l’économie et de la finance, les dérégulations et la conquête du monde par le paradigme néolibéral, les gouvernements nationaux ont perdu certaines prérogatives. Aux yeux de leurs opinions publiques, ils n’étaient plus capables de contrôler le pouvoir économique et financier. Il a fallu que ces gouvernements restaurent fonction. Le discours sécuritaire que l’on a vu apparaître dans de nombreux pays occidentaux en est un exemple frappant. L’Europe est aussi dans la ligne de mire de ces nouveaux discours politiques. Le « machin » européen est vu comme complexe, non-démocratique. Les « technocrates » et les « bureaucrates » de Bruxelles « nous » imposent des nouvelles règles. Les gouvernements nationaux utilisent l’excuse européenne à leur convenance. Positivement, c’est, invariablement, grâce à la ténacité du gouvernement du pays X que la mesure est bonne. Négativement, l’Europe est responsable des maux qui touchent les citoyens du pays X. La résistance des pays européens a se fondre dans l’Europe est grande. Elle est souvent proportionnelle à la taille du pays.

La crise économique est probablement une des meilleure chose qui soit arrivé à l’Europe depuis longtemps. Depuis les errements catastrophiques de la haute finance, les citoyens européens sont extrêmement sensibles au fait économique. Avec le Plan de Stabilisation Economique tout les yeux sont tournés vers les institutions européennes et leurs capacités à relever le gant. L’intérêt citoyen sur le thème, la couverture médiatique, le débat politique national autour de la question sont autant de facteurs qui permettent de penser que l’Europe va, à nouveau, occuper une place importante dans la vie de chacun.

Le risque est à la hauteur du défi, immense. Si l’Europe pose les mauvais choix face à la crise économique, elle risque de disparaître et plus rien ne pourra garantir que le vieux continent restera paisible.

 

Grégory Jacquemin

BELGIQUE: Le Surréalisme est-il soluble dans le Nationalisme ?

Une opinion rédigée pour l’IDJ le 27 octobre 2010 ///

Le Rattachement de la Wallonie et de Bruxelles à la France est un combat d’arrière-garde d’illuminés en manque de publicité.

En consultant le site Internet du Rassemblement Wallonie-France, je me demande comment les «rattachistes» peuvent être convaincus de ce qu’ils avancent.

Le rattachement à la France relève plus du fantasme que de la politique. Les «rattachistes» vivent dans un monde imaginaire où l’herbe est toujours plus verte chez le voisin. Notre Belgique n’est pas parfaite, loin s’en faut. Le bilan de la France, ces dernières années, est catastrophique. «Liberté-Egalité-Fraternité» n’est, hélas, aujourd’hui qu’un slogan qui occulte la réalité française. L’expulsion des Roms et le fichier ethnique de la Gendarmerie en sont deux parfaits exemples.

Les Belges qui vivent dans une société égalitaire et solidaire sont-ils prêts à troquer cet équilibre pour une société de classes, élitiste ?

N’en déplaise aux «rattachistes», le Belge, wallon ou bruxellois, n’est pas un Français. Nous partageons une langue, mais la Belgique est loin d’être la France. Le surréalisme n’est pas soluble dans le Nationalisme. La richesse de la Belgique, notre identité, nos racines sont issues de la rencontre et de la coexistence des Germains et des Latins, des Flamands et des francophones. Coupés de la Flandre, nous perdrions notre âme.

Notre sensibilité belge, la «Belgitude» est incompatible avec le modèle français, républicain et patriotique. Imagine-t-on les joueurs du Standard chanter la sanglante Marseillaise ? Les écoliers francophones vont-ils devoir lire la fameuse lettre de Guy Moquet ? Est-ce que Albert II va perdre la tête ?

Il y a, en France, une tradition nationaliste séculaire qui flirte parfois avec la xénophobie et le racisme. S’intégrer à la France c’est hériter d’un Front National capable d’arriver au deuxième tour d’une élection présidentielle. Sommes-nous prêts à nous fondre dans un pays en complet repli identitaire ? A part être la cible de blagues douteuses, que deviendrait «le Belge» dans l’identité nationale française ?

A l’heure de l’Europe, le «rattachisme» est une idéologie périmée. Agrandir le territoire français quand les petits pays sont plus stables, quand l’Europe des régions se construit est une ineptie. La Belgique a mieux résisté à la crise économique que la France.

Surtout, en tant que Belges sommes-nous prêts à troquer la photo de la famille royale contre celle de Nicolas et Carla sur les traditionnelles boîtes de biscuits ?

Grégory Jacquemin