ALAIN DEHAZE, directeur France, Suisse et Inde chez Adecco

Article paru dans L’Écho du mardi 21 juin 2011 ///

À 48 ans, dont déjà six passés dans le secteur de l’intérim, ce polyglotte belge d’envergure internationale hérite d’un nouveau poste au sein d’Adecco.

Originaire de Tournai, Alain Dehaze est né le 1é mai 1963. De sa mère néerlandophone, il héritera de la passion des langues. Polyglotte accompli, il parle couramment l’anglais, l’allemand, le néerlandais et le français. Entre 1981 et 1986, il poursuit des études d’ingénieur commercial à l’Ichec où il rencontre sa future femme avec laquelle il aura quatre enfants. Pour ses camarades de promotion, Alain Dehaze était « sérieux dans ses études, mais il savait s’amuser quand il le fallait ». Son diplôme en poche, il commence sa carrière professionnelle au sein du groupe Henkel, spécialisé en produits d’entretien. La Belgique, la France, la Suisse: au gré de ses affectations, il gravit les échelons du groupe jusqu’à la position de directeur des produits pour l’Allemagne. Dix ans plus tard, il est débauché par Théo Dilissen, le directeur européen de ISS, pour devenir, en 1997, directeur général de la filière allemande de cette société active dans le domaine du nettoyage. Alain Dehaze entre dans le monde de l’intérim en 2000, lorsqu’il devient le patron de Creyf’s Belgique. Véritable « corporate executive », ses talents d’orateur lui permettent de s’exprimer avec aisance dans les grandes structures internationales.

En 2002, nommé CEO de Creyf’s, il devient un des plus jeune patron des sociétés sur Euronext. Pendant plus de deux ans, il s’attelle à l’assainissement de la société qu’il marie, en 2005, au néerlandais USG, pour former le n°5 mondial de l’intérim.

En 2007, patron d’Humares, il se lie d’amitié avec Marc De Smedt. Ensemble, ils rejoignent Adecco en 2009. De Smedt comme « country manager Belgique et Luxembourg » et Dehaze en tant que responsable de l’Europe du Nord.

Avec sa nomination à la direction de la région France, Suisse et Inde, cet amateur de tennis et de voyages ouvre un nouveau chapitre dans une carrière déjà bien remplie.

 

Grégory Jacquemin pour L’Écho

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NAJIB MIKATI, Premier ministre libanais

Article initialement paru dans L’Écho du mercredi 15 juin 2011 ///

Homme d’affaires avisé et défenseur de la modération dans un pays tourmenté, ce milliardaire sunnite se risque à l’exercice difficile du pouvoir au Liban.

Devant le peuple libanais, après six mois de travail dans un contexte difficile, le sunnite Najib Mikati, 56 ans et 48e Président du Conseil des ministres, a annoncé lundi la formation de son gouvernement largement dominé par le Hezbollah. À la suite de son prédecesseur, Saad Hariri, il est le 2e milliardaire à occuper ces fonctions.

Dossard 409 dans le classement des plus grosses fortunes du magazine Forbes avec une richesse estimée à 2,8 milliards de dollars, marié et père de trois enfants, Najib Mikati est le parfait exemple du « self-made-man ». En 1982, au milieu des infrastructures détruites par la guerre civile, ce jeune diplômé en management de l’Université américaine de Beyrouth a une idée lumineuse qu’il propose à son frère aîné, Taha: la vente de téléphones satellitaires. La société Investcom venait de voir le jour. Durant les années 90, les frères Mikati décident d’exporter leur savoir-faire en Afrique. En quelques années, Investcom s’impose au Ghana, au Libérai, au Bénin et en Guinée. En 2005, sur le marché de Londres, elle deviendra la plus importante IPO pour une société au Moyen-Orient. En 2007, après avoir vendu Investcom, les deux frères fondent le M1 Group, un conglomérat actif dans les télécoms, le pétrole et la mode.

« la tolérance et la modération sont les chemins indéniables pour mener le pays vers des rivages sereins » Najib Mikati

La carrière politique de Najib Mikati commence en 1998 au ministère des Travaux publics et des Transports. En 2000, il remporte la circonscription électorale de Tripoli et devient parlementaire. Après l’assassinat de Rafiq Hariri en 2005, Mikati qui, en arabe, signifie « gardien du temps », est nommé une première fois Président du Conseil. Proche de Bachar al-Assad avec lequel il s’est lié d’amitié pendant sa carrière d’homme d’affaires, Najib Mikati se présente comme l’homme de la neutralité qui ne veut être l’otage d’aucun camp dans le paysage politique complexe du Liban. Sur son site Internet officiel il affiche que « la tolérance et la modération sont les chemins indéniables pour mener le pays vers des rivages sereins ».

Grégory Jacquemin pour L’Echo

PORTRAIT: De Ludwig à Louis

Portrait rédigé pour l’IDJ le 29 novembre 2010 ///

Embrassant le destin de sa ville de Malmédy, la vie du sénateur Louis Gob reflète les vicissitudes historiques particulières à cette région.

Bruxelles, Place de la Nation, le 20 mars 1940. Les arbres des allées du Parc Royal sortent peu à peu de leur sommeil hivernal. A l’intérieur du Sénat, la lumière jaune, chaude des lustres dorés se diffuse sur le tapis rouge de l’hémicycle. Les murmures de la guerre agitent les esprits. Saisissant ses béquilles, souvenir de la « Grande Guerre », le sénateur socialiste de Malmédy, Louis Gob, autrefois Ludwig, quitte son siège, laissant découvrir le lion du Royaume de Belgique cousu dans le dossier.

Ses yeux d’un bleu très clair observent l’assemblée qui lui fait face et, d’une voix douce presque inaudible, il prend la parole « Je ne crois pas me tromper en disant ce que j’ai appris dans la presse ; certains parlementaires osent dire qu’ils ne sont pas fiers d’être Belges. Moi, ancien combattant allemand et grand mutilé de guerre, je tiens à déclarer solennellement devant le Sénat dont je m’honore de faire partie, je tiens, dis-je a à déclarer que je suis fier d’être Belge, pays de liberté, de démocratie et de paix.« 

« Aussi, c’est avec plaisir que je salue le projet de loi qui vise à protéger nos institutions contre les propagandes destructives de notre indépendance.« 

Le spectre de la guerre en Europe se fait de plus en plus menaçant. Le mouvement pro-allemand se développe partout. La propagande anti-Belgique fait rage dans la région de l’est. Durant les législatives de 39, le Parti Ouvrier de Louis Gob doit, comme le rapporte le Soir se battre contre le Heimattreue Front (Front Patriotique pour le rattachement des cantons de l’est à l’Allemagne) doté de trois fois plus de moyens.

Moins de 2 mois plus tard, le 10 mai 1940, la seconde guerre mondiale éclate. La région Eupen, Malmédy, Saint-Vith tombe sous l’emprise allemande et la situation y est très difficile. Le journal La Meuse écrit : « Pour les Allemands, ils étaient un peu comme des compatriotes qui devaient, par leur attitude et leur obéissance sans réserve, racheter une trahison passagère. »

De Wallon prussien à Belge

De nationalité belge depuis 1922, le sénateur Gob recherché par les Allemands pour traîtrise, doit quitter Malmédy, sa ville natale, pour la seconde fois. Son fils se souvient : « Mon père a été expulsé des Cantons. Il avait déjà été expulsé par les Belges après 18, et il a été à nouveau expulsé en 40, cette fois par les Allemands. C’est ainsi qu’il est allé à Liège, où il a eu une activité de résistance. Il s’occupait surtout d’héberger les jeunes gens des cantons rédimés d’Eupen, Malmédy et Saint-Vith, réfractaires à la Wehrmacht ou bien déjà déserteurs.« 

Quand Ludwig Gob nait le 2 mars 1886 dans une famille catholique pratiquante, sa ville natale fait partie de la Wallonie Prussienne depuis le Congrès de Vienne signé un an auparavant. En 1920, suite au Traité de Versailles et une consultation populaire, la région Eupen, Malmédy, Saint-Vith que les habitants appelle « Neubelgien » (Nouvelle Belgique), décide de rejoindre le Royaume. Le choix est laissé aux habitants de prendre la nationalité belge ou de rester Allemand. Le fils de Ludwig se rappelle « Mon père a demandé la nationalité belge, mais elle lui a été refusée » (Les parents, les frères et soeurs de Ludwig décident tous de rester allemands). Suite à un séjour en prison en novembre 1919 pour ses activités politiques, il est expulsé. « Il a dû partir en Allemagne , il était donc toujours allemand, et à ce titre-là, il a travaillé à la poste volante, donc au service de l’Etat Allemand. » La nationalité belge lui sera finalement accordée le premier août 1922. Il change son prénom de Ludwig en Louis comme pour effacer des souvenirs trop douloureux de son passé.

Les souffrances des deux guerres

A 20 ans, il fait son service militaire dans la marine du Kaiser. A ce titre il reste stationné en Chine pendant trois ans. Plus tard il s’installe comme boucher-charcutier à Malmédy avant d’être rappelé sous les drapeaux pour participer à une autre boucherie, la Grande Guerre. Contraint de servir dans l’infanterie de la marine allemande, le wallon prussien doit se battre contre les Belges sur le front de l’Yser. Le 4 février 1915, une série de balles revolver détruisent son genou gauche. En 1918, la grippe espagnole emporte sa femme et son jeune fils. L’enfant décède le jour de l’enterrement de sa mère. « Cette épreuve a eu comme résultat la fin de la pratique religieuse de mon père » se remémore son fils.

En juin 1940, l’histoire se répète une nouvelle fois pour Louis Gob. Séparé de sa seconde épouse et de son fils durant sa fuite à Liège, il craint le pire. Louis se fait alors une promesse; si sa femme et son fils sont sains et saufs, alors il fera la paix avec son dieu ».

Il restera catholique pratiquant jusqu’à la fin de sa vie. Et ce, malgré son engagement politique. Pour son fils ; « C’était un socialiste acharné, mais pratiquant; je crois que c’est le seul à cette époque à être socialiste et pratiquant« . Pour le sénateur, la religion n’a rien à voir avec la politique. Tant pis si les journaux socialistes, choqués par son enterrement religieux, ne relatent pas ses funérailles.

Malmédy, fondement d’un engagement politique

Après 1918, Ludwig Gob fonde le Parti ouvrier de Malmédy. En 1927, il est élu conseiller communal de la ville de Malmédy. Le quotidien Le Travail dresse son portrait « Il est de l’équipe glorieuse qui a conquis, après 1918, la coquette cité de la Warche au socialisme » . Suite à son expérience sur le front, il est particulièrement sensible à l’aide aux anciens combattants et invalides de guerre. Emile Gohimont, de La Fédération Nationale des Invalides souligne « Il s’est également acharné afin que soient mis sur un même plan, les combattants de la Wallonie Prussienne et les belges ayant combattu sur le front de l’Yser« . Taiseux et discret, c’est essentiellement grâce à la sympathie née de son investissement dans la cause des mutilés de guerres et anciens combattants que Louis Gob est élu sénateur le 2 avril 1939. « Comme dans de nombreuses familles il y avait des invalides de guerre, et que Gob lui-même était un grand invalide, ces circonstances ont encouru à son élection« .

A la fin de la seconde guerre, Louis occupe temporairement le poste de Bourgmestre de Malmédy pendant quelques semaines avant de reprendre ses activités de sénateur. Le 6 mars 1945, s’adressant au Sénat, il rappelle que la situation dans sa ville natale, malgré la fin de la guerre est encore très difficile : « De l’examen de la situation telle qu’elle se présente depuis la libération du sol national, il en résulte que les premières mesures réclamées à cor et à cri par les nombreux et fidèles sujets sont l’expulsion des nazis et l’épuration parmi la gent des inciviques. »

« Pendant plus d’un siècle, Prussiens et Allemands se sont acharnés pour détruire notre langue wallonne, mais ils ont échoués. Durant cette guerre tragique, nous avons tous assisté à la déportation de nos braves ouvriers et ouvrières, à l’arrestation de nos patriotes et otages. Notre coeur saignait à la pensée des souffrances physiques et morales de ces pauvres innocents. »

En 1946, le mandat de sénateur de Louis Gob n’est pas reconduit aux élections législatives. Infatigable, Il continue néanmoins à s’investir dans ses missions auprès de la Commission d’Aide Publique, la Fédération Nationale des Invalides et celles des Combattants.

Atteint d’un cancer, Louis Gob s’éteint en 1961 à l »âge de 75 ans dans la Clinique Reine Astrid de Malmédy dont il participa à la reconstruction.

Viscéralement lié à sa ville natale, la vie de Louis Gob fut le reflet de l’histoire de Malmédy,  partageant les mêmes peines, les mêmes espoirs.

Ancien combattant prussien et mutilé de guerre, il choisit de devenir Belge. Homme juste, loyal et droit, il servit ses causes avec un dévouement constant; invalides, anciens combattants, parti ouvrier, résistance et surtout, la Belgique et ses Institutions.

Sénateur discret, il a toujours défendu sans compromis les intérêts du pays en combattant inexorablement les tendances nationalistes. Ses prises de paroles résonnent aujourd’hui avec un écho particulier dans la Belgique que nous connaissons.

« Je suis fier d’être Belge, pays de liberté, de démocratie et de paix. »

Grégory Jacquemin