UE: Gros risques pour les assureurs européens, dont Ageas

Article paru sur le site web de L’Écho le 28 juin 2011 ///

L’évolution de la crise financière dans la zone euro fait peser de grandes menaces sur les compagnies d’assurances du Continent. Ageas est l’un des assureurs les plus exposés.

Les assureurs européens risquent des pertes importantes avec la crise de la dette qui accable la zone euro. Voilà ce qui ressort d’un long article du « Wall Street Journal » dans son édition de ce mardi.

Parmi les assureurs les plus exposés : le belgo-hollandais Ageas (ex-Fortis), l’allemand Allianz, l’italien Generali et le français Groupama.

Avant le printemps dernier, les compagnies d’assurances, attirées par un moyen facile et sans risque de générer des retours importants pour leurs investisseurs, se sont ruées sur les titres émis par les gouvernements et les banques lors de la première mission de sauvetage de la zone euro.

Maintenant, la parenthèse enchantée est terminée. L’état de santé de la Grèce est plus que préoccupant. Les investisseurs craignent que l’Irlande, le Portugal et l’Espagne ne s’enfoncent à leur tour. Et les banques, dans la tourmente – on se souviendra de la dégradation des banques françaises par Moody il y a deux semaines -, reportent leurs risques de pertes sur les titres qu’elles ont émis. Si la situation continue à se dégrader, les compagnies d’assurances, assises sur des larges quantités de ces titres, vont faire face à des pertes très importantes.

Dans une interview au WSJ, Gabriel Bernardino, président de l’Autorité de régulation des assurances européennes (EIOPA), relativise : « Je pense que l’exposition (des compagnies d’assurances) est actuellement gérable », les assureurs ont des portefeuilles suffisamment diversifiés pour amortir les risques.

Quand bien même les compagnies d’assurances de l’Euro zone semblent moins exposées que les institutions bancaires (24,1 milliards d’euros, contre 47,8 milliards selon Barclays Capital), certains assureurs ont pris des risques disproportionnés. A leur tête, Ageas.

Selon le WSJ, le groupe belgo-hollandais détenait, au 31 mars, près de 8 milliards d’euros de titres à risque répartis entre la Grèce (1,2 milliards), l’Espagne (1,6 milliards), le Portugal (1,2 milliards), l’Irlande (445 millions) et l’Italie (3,6 milliards). Pour Philippe Picagne, analyste auprès de CreditSights, Ageas est « probablement une des compagnies les plus à risque d’Europe ».

Bart De Smet, CEO d’Ageas, explique ces chiffres par une mauvaise appréciation de l’Euro zone – « notre stratégie était basée sur la croyance que l’Euro zone avait de la valeur, de la stabilité. Peut-être que notre perception était un peu trop optimiste » – et par la transparence de sa société – Ageas apparaîtrait plus exposée car ses rivales « excluent une partie de leurs titres lors des divulgations publiques ».

Bart De Smet a rappelé qu’en mai 2010 Ageas a réduit de moitié son exposition en se séparant d’une grande partie de ses titres.

Grégory Jacquemin pour L’Écho

UE: Le mal grec se propage à l’Espagne et à l’Italie

Article paru sur le site web de L’Écho le 28 juin 2011 ///

Pour la ministre espagnole de l’Economie, l’Italie et l’Espagne sont les pays européens qui souffrent le plus des tensions sur la Grèce.

La ministre espagnole de l’Economie Elena Salgado a estimé lundi que « l’Italie et l’Espagne sont en ce moment les deux pays qui souffrent le plus de la tension » sur les marchés autour de la situation en Grèce.

Dans un entretien à la télévision publique espagnole, Elena Salgado a reconnu que « la prime de risque est en train de monter, elle est soumise à énormément de tension ».

Le différentiel entre le rendement à 10 ans des obligations espagnoles et allemandes atteignait lundi matin 281,4 points de base, proche du maximum atteint le 30 novembre dernier, quand les marchés semblaient remettre en cause la solvabilité du Portugal et de l’Espagne.

La ministre a admis que ce contexte d’inquiétude pourrait amener la prime de risque à atteindre « ponctuellement » la barre symbolique des 300 points.

Mais « l’Espagne continue à se financer très bien, chaque fois que nous faisons une émission (obligataire), nous n’avons aucun problème à placer cet argent, il y a toujours quatre fois plus de demandes pour nous prêter de l’argent que la somme que nous demandons ».

Ces déclarations de la ministre surviennent une semaine après la mise en garde du Fonds monétaire international qui a dressé un constat sévère de l’économie espagnole, saluant les réformes menées mais mettant en garde contre les « risques considérables » qui la menacent, à un moment-clé de regain de tensions en Europe autour de la Grèce.

Malgré les mises en garde du FMI, Elena Salgado s’est voulu rassurante : « Nous vivons une tension sur les marchés (…), mais les fondamentaux de notre économie sont des fondamentaux solides. Donc nous ne sommes pas proches (d’une demande) de sauvetage, et nous n’allons pas l’être ».

Grégory Jacquemin pour L’Écho

UE: Grande disparité des prix au sein de l’Union européenne

Article paru sur le site web de L’Écho le 28 juin 2011 ///

Selon que l’on habite en Bulgarie ou au Danemark, le niveau de prix des biens et des services à la consommation peut varier du simple au triple par rapport à la moyenne européenne.

En 2010, les niveaux de prix des biens et services à la consommation différaient sensiblement selon les États membres, indique mardi Eurostat dans un communiqué de presse.

Le Danemark (143% de la moyenne de l’UE27) affichait le niveau de prix le plus élevé, suivi de la Finlande (123%). Les niveaux de prix les plus bas se situaient en Bulgarie (51%) et en Roumanie (59%).

Des niveaux de prix supérieurs de 12% à la moyenne de l’UE27 étaient observés en Belgique et en France. Dans les autres pays voisins de la Belgique, des niveaux de prix supérieurs à la moyenne de l’UE27 de 20% étaient observés au Luxembourg, de 6% aux Pays-Bas (106%) et de 4% en Allemagne.

Le niveau global des prix renvoie au concept de dépenses de consommation finale des ménages, qui correspond à l’ensemble des dépenses encourues par les ménages pour les achats de biens et de services de consommation, y compris les loyers pour le logement.

Les prix des produits alimentaires et les boissons non alcoolisées comme ceux des articles d’habillement étaient en Belgique 15% plus élevés que la moyenne de l’UE27. Les prix belges de boissons alcoolisées correspondaient à ceux de la moyenne européenne. Ceux des véhicules personnels, de l’électronique grand public, et de l’hôtellerie et de la restauration étaient supérieurs respectivement de 1%, 3% et 12% par rapport à la moyenne européenne.

Grégory Jacquemin pour L’Écho

UE: Bâle III plus strict pour les banques systémiques

Article paru sur le site web de L’Écho le 27 juin 2011 ///

Le Core Tier 1 de ces établissements serait plus élevé et ne pourrait comprendre de « CoCos ».

Dans le cadre des règles de Bâle III, les instances européennes de régulation se sont entendues ce week-end pour proposer que les banques d’importance systémique (SIFIs) soient astreintes à un objectif plus élevé en termes de fonds propres. Le volume de cette tranche supplémentaire (Core Tier 1), évalué entre 1 et 2,5%, ne pourra pas inclure d’obligations contingentes convertibles (CoCos).

« La contrepartie d’un objectif plus bas (que prévu) semble être l’impossibilité d’utiliser des CoCos pour l’atteindre. Il ne faudra compter que sur les fonds propres », a commenté Andrew Lim, analyste chez Espirito Santo.

Aux yeux du Groupe des gouverneurs des banques centrales et des régulateurs (GHOS) en charge de Bâle III, les CoCos sont trop volatiles et pas assez sûres pour être intégrées dans les surcharges de fonds propres qui vont être imposées aux banques.

Un grand nombre de gestionnaires et d’investisseurs bancaires considéraient pourtant les CoCos comme la solution à la question de la recapitalisation. Celle-ci est évaluée à 200 milliards d’euros.

Selon les estimations du Groupe de recherches financières de l’Université catholique de Louvain (KUL), la taille maximale du marché des CoCos pèserait 150 milliards d’euros sur les cinq prochaines années. Pour le groupe de la KUL: « les CoCos pourraient contribuer à créer un système qui ne nécessiterait plus de plans de sauvetage des gouvernements en cas de crise des institutions financières ».

Si la proposition de ne pas intégrer les CoCos est approuvée, cela « devrait déclencher une dernière vague d’augmentations de capital », a commenté Antonio Guglielmi, analyste chez Mediobanca.

Grégory Jacquemin pour L’Écho

G20 AGRICOLE: la France espère un accord à l’arraché

Article paru dans L’Écho du jeudi 23 juin 2011 ///

Mercredi soir, le président français Nicolas Sarkozy a reçu, à l’Élysée, les vingt ministres de l’Agriculture des économies les plus puissantes de la planète pour lancer les négociations du G20 agricole. Des négociations qui s’annoncent difficiles. La présidence française qui prône une régulation renforcée pour lutter contre la volatilité des prix des produits agricoles risque de se heurter à l’opposition des autres pays, Brésil et Argentine en tête. Mardi, le ministre de l’Agriculture argentin, Julian Dominguez a réaffirmé la position de son pays: « l’Argentine va insister sur l’importance d’une stimulation de la croissance de la production agricole plutôt que sur une régulation de celle-ci ». La France pourrait cependant trouver en la Russie, touchée par la sécheresse en 2010, un allié de poids. Le ministre russe de l’Agriculture a assuré que Moscou « était prêt à soutenir l’élaboration d’un mécanisme de régulation financière et de contrôle des marchés agricoles ».

Outre la régulation des marchés, le plan français se fonde sur quatre autres piliers: hausse de la production mondiale, coordination internationale de la gestion des crises, amélioration de la transparence des marchés (la Chine et l’Inde, peu désireuses de communiquer sur l’état de leurs stocks, s’y opposent) et constitution de réserves d’urgence. Les négociations de ce G20 agricole, une première dans l’histoire, se poursuivent ce jeudi. Hier soir, Nicolas Sarkozy a solennellement appelé les pays à adopter le plan d’actions français.

 

Grégory Jacquemin pour L’Écho

GRÈCE: Papandréou prêt à se sacrifier pour convaincre la droite

Article paru dans L’Écho du jeudi 16 juin 2011 ///

LE PREMIER MINISTRE GREC REMANIE ET DEMANDE LA CONFIANCE DU PARLEMENT

Des syndicats traditionnels aux groupuscules extrémistes en passant par les « Indignés » qui campent au cours d’Athènes, des milliers de manifestants ont envahi les abords du Parlement grec pour crier leur colère, mercredi. Une grève générale de 24 heures avait été décrétée pour protester contre le plan d’austérité du gouvernement.

Le vote de ce plan est l’une des conditions posées à la Grèce pour obtenir le versement de la cinquième tranche du prêt de 110 milliards d’euros accordé l’an dernier par l’Union européenne et le FMI, et dont 53 milliards ont déjà été versés.

Georges Papandréou a désespérément tenté de convaincre ses rivaux de droite de se rallier à son plan. Sans succès. Le Premier ministre a même offert de démissionner, si cette décision pouvait permettre de mettre sur pied un gouvernement d’union nationale auquel se rallieraient les conservateurs. Hier soir, Papandréou a finalement annoncé qu’il procéderait à un remaniement de son gouvernement ce jeudi. « Je formerai un nouveau gouvernement et immédiatement après je demanderai la confiance au Parlement », a précisé le socialiste dans une brève déclaration télévisée.

Pendant que le Premier ministre Papandréou tentait de convaincre l’opposition de lui accorder son soutien, les abords de la place Syntagma, où trône le Parlement, ont vu éclater des affrontements musclés entre manifestants et forces de l’ordre.

Mais cette flambée de violence n’est que la partie émergée de l’iceberg…

CAPITALE INSÉCURISÉE

Si « la première victime de la guerre, c’est toujours la vérité », à Athènes, la première victime la crise économique, c’est la tolérance. Selon les statistiques de la police, entre 2009 et 2010, les vols à l’arrachée ont doublé, les braquages de taxis quadruplé, et les homicides ont augmenté de 50%. Naguère encore, Athènes avait la réputation d’être l’une des capitales les plus sûres d’Europe. Pour son maire, Giorgos kaminis, la situation est hors contrôle: « La crise économique combinée à une criminalité extrême a rendu possible le risque de voir la ville s’effondrer ».

Le maïeur pointe deux des plus grands problèmes de la capitale: les toxicomanes et l’immigration illégale.

La crise économique et un taux de chômage officiel de 16% ont définitivement bouté le feu de l’intolérance à Athènes. En novembre, elle s’est manifestée par les urnes: aux élections municipales, le parti néonazi Chrisy Avgi, jusqu’alors confiné à des scores confidentiels, faisait une percée en remportant 5,3% des suffrages. Quand, au mois de mai, un Athénien fut assassiné par un immigré, les violences contre les immigrés sont montées d’un cran, et un Bangladais a perdu la vie dans une expédition punitive. Face à cette flambée de haine, Georges Papandréou a prévenu ses ministres: « Athènes coulera si elle sombre dans la violence ».

Grégory Jacquemin avec AFP pour l’Echo

ÉCONOMIE: Merkel réclame plus de clarté sur le dossier Opel

Article paru dans L’Écho du samedi 11 juin 2011 ///

Après les informations d’une éventuelle vente d’Opel par General Motors lancées par le Spiegel et la revue automobile Auto Bild, Berlin a affirmé son souhait de voir son souhait de voir « les choses bientôt clarifiées ». Du côté d’Opel, il s’agit de « pure spéculation ». Selon son nouveau patron, Karl-Friedrich, Opel doit rester chez GM « sans quoi elle pourrait prendre du retard au niveau technologique et pour d’autres bonnes raisons ». La chancellerie allemande qui affirme n’avoir eu aucun contact avec GM en la matière a fait part de sa « compréhension envers les salariés d’Opel qui sont à nouveau entrés dans une période d’incertitude après ces spéculations ».

Selon le Spiegel et Auto Bild, la décision de vendre Opel serait liées aux pertes persistantes de la marque et de Vauxhall, sa cousine britannique. L’année dernière les pertes de l’Allemand s’élevaient à 1,6 milliards de dollars. Dan Akerson, le directeur général de GM, a affirmé en mai qu’Opel continuait à perdre de l’argent malgré l’augmentation de ventes de voitures. Volkswagen, le numéro un européen, et des constructeurs chinois pourraient être intéressés. Du côté d’Opel, son PDG, dans un courrier adressé à ses salariés, s’est montré rassurant en réaffirmant « la croissance constante de la part de marché d’Opel en Allemagne et en Europe » et les investissements prévus par le groupe évalués à 11 milliards d’euros d’ici 2014.

En 2009, touchée par la crise, GM avait déjà eu l’intention de se séparer progressivement d’Opel avant de faire volte-face. Après des tractations avec le Canadien Magna International pour la reprise et le gouvernement allemand qui s’était engagé à financer le plan de redressement, GM avait finalement décidé de conserver Opel dans son giron moyennant une restructuration importante qui toucha 8300 emplois.

Grégory Jacquemin pour L’Écho.

UE : Athéna, déesse aux pieds d’argile

Opinion rédigée pour l’IDJ le 2 février 2011

Sur le long et difficile chemin de la construction  européenne, la plus grande avancée est certainement la stabilisation du vieux continent et les progrès qui en ont résultés. L’impulsion européenne instituée dans la déclaration de Schumann en 1950 et poursuivie, aujourd’hui, par l’Union Européenne a permis à la paix s’installer enfin durablement. Depuis plus de 65 ans, les Nations qui la composent sont en paix. Cette stabilité a été le terrain fécond de maintes avancées sociales et économiques. Grâce à l’Acte Unique en 1977, le Traité de Maastricht et Schengen, la libre circulation des personnes est majoritairement beaucoup plus aisée dans l’espace européen. L’institution d’une zone de monnaie unique, l’Euro, a facilité les transactions et d’une certaine manière favorisé la mobilité. Dans le domaine spatial, l’Agence Spatiale Européenne est réputée pour son efficacité dans la mise en orbite de satellites. Le consortium européen Airbus se dispute régulièrement la première place d’avionneur civil avec Boeing, le concurrent américain. Le règlement REACH sur les substances chimiques s’inscrit dans une législation moderne de défense de l’environnement et du consommateur. La mise en place des accords de Bologne, au niveau de l’enseignement supérieur et du plan Erasmus distillent peu à peu dans la jeunesse européenne un sentiment d’appartenance à un grand continent de plus de 550 millions d’âmes. Une identité européenne à l’oeuvre.

Malheureusement l’Union européenne souffre d’un problème d’image. Un grand nombre des opinions publiques qui composent cette Union, la juge trop opaque, trop complexe. Pourtant, avec le Traité de Lisbonne de 2007, beaucoup de progrès ont été faits vers un système démocratique européen plus direct, plus transparent. Le droit à l’Initiative Citoyenne, la charte des Droits Fondamentaux et l’obligation de consultation sont avec, le Parlement, la preuve d’une dynamique européenne vers l’émergence d’une réelle démocratie participative.

Athéna peut être parfois très maladroite et un système démocratique est par essence imparfait. L’Union européenne est souvent malmenée par les gouvernements des pays qui la composent. Jusque dans les années 80, les gouvernements nationaux étaient les garants de l’organisation démocratique de la société, de l’économie, de la justice et tout les domaines de la société. Avec la globalisation de l’économie et de la finance, les dérégulations et la conquête du monde par le paradigme néolibéral, les gouvernements nationaux ont perdu certaines prérogatives. Aux yeux de leurs opinions publiques, ils n’étaient plus capables de contrôler le pouvoir économique et financier. Il a fallu que ces gouvernements restaurent fonction. Le discours sécuritaire que l’on a vu apparaître dans de nombreux pays occidentaux en est un exemple frappant. L’Europe est aussi dans la ligne de mire de ces nouveaux discours politiques. Le « machin » européen est vu comme complexe, non-démocratique. Les « technocrates » et les « bureaucrates » de Bruxelles « nous » imposent des nouvelles règles. Les gouvernements nationaux utilisent l’excuse européenne à leur convenance. Positivement, c’est, invariablement, grâce à la ténacité du gouvernement du pays X que la mesure est bonne. Négativement, l’Europe est responsable des maux qui touchent les citoyens du pays X. La résistance des pays européens a se fondre dans l’Europe est grande. Elle est souvent proportionnelle à la taille du pays.

La crise économique est probablement une des meilleure chose qui soit arrivé à l’Europe depuis longtemps. Depuis les errements catastrophiques de la haute finance, les citoyens européens sont extrêmement sensibles au fait économique. Avec le Plan de Stabilisation Economique tout les yeux sont tournés vers les institutions européennes et leurs capacités à relever le gant. L’intérêt citoyen sur le thème, la couverture médiatique, le débat politique national autour de la question sont autant de facteurs qui permettent de penser que l’Europe va, à nouveau, occuper une place importante dans la vie de chacun.

Le risque est à la hauteur du défi, immense. Si l’Europe pose les mauvais choix face à la crise économique, elle risque de disparaître et plus rien ne pourra garantir que le vieux continent restera paisible.

 

Grégory Jacquemin

UE: Recommandations sur Fonds de Crispations

Article rédigé pour L’IDJ le 13 janvier 2011 ///

Le «Semestre européen», nouvelle approche budgétaire de la zone euro, commence par un désaccord.

RECOMMANDATIONS SUR FONDS DE CRISPATIONS

La Belgique dépose son bilan budgétaire pour l’exercice 2010. Le résultat est plutôt bon. Le Portugal parvient à un succès lors de l’émission de ses obligations. L’Allemagne affiche une croissance record pour 2010. 3,6%, pour la première fois depuis la réunification en 1990. La Banque Mondiale est optimiste.

Les marchés semblent satisfaits. Les augures étaient bonnes pour le lancement du «semestre européen». L’UE veut montrer au monde qu’elle a la volonté de coordonner ses politiques budgétaires.

C’était sans compter sur une division entre Bruxelles, Berlin et Paris autour du Fonds européen de stabilité financière (FESF).

CRISPATIONS

Mercredi, lors de la présentation des dix recommandations pour permettre aux  Etats membres de revenir à la croissance, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a plaidé pour un renforcement de la capacité effective de financement du Fonds de stabilité et élargir ses possibilité d’intervention. «Nous vivons toujours une période d’instabilité» a rappelé le président. Cette déclaration a surpris la France et l’Allemagne qui estiment qu’un Fonds de stabilisation européen garanti à hauteur de 440 milliards d’euros est suffisant pour aider les pays en difficulté, Espagne et Portugal compris.

Pour la France, il n’est pas question de revenir sur le Fonds en l’état. François Baroin a indiqué «que le fonds inscrit dans la durée était suffisamment important pour répondre aux demandes formulées par tel ou tel pays». A Berlin, la discussion est encore possible. Pour Angela Merkel, le fonds de réserve est à peine entamé, mais l’Allemagne «fera ce qui est nécessaire au soutien de l’euro».

FONDS

Le FESF existe depuis le printemps 2010. Ce fonds vise à sortir l’Union européenne de l’ornière économique dans laquelle elle se trouve depuis la crise grecque. Sur les 440 milliards d’euros d’obligations de pays membres seulement 250 milliards obtiendraient la note AAA, restreignant les capacités réelles de prêt. L’Irlande mobilise, pour l’instant, le fonds à hauteur de 7% pendant 3 ans.

Le 24 janvier, le FESF lancera sa première émission d’obligations pour un montant de 5 milliards d’euros. Pour Monsieur Barroso, ce qui importe c’est «d’envoyer des signaux forts et prendre des décisions fortes afin de montrer notre détermination à préserver la stabilité de la zone euro». Le président de la Commission estime qu’il faut profiter de l’accalmie financière pour envoyer ces signaux aux marchés qui doutent de la capacité de l’Union européenne à se mobiliser en cas de difficulté espagnole. Dominique Strauss-Kahn, le directeur du Fonds monétaire international, reçu mercredi à Bruxelles, partage cette analyse. Mr. Barroso estime que les vingt-sept pourraient conclure un accord sur ce dossier lors du Conseil européen du 4 février.

RECOMMANDATIONS

Seule, une augmentation des capacités d’emprunts réelles de la zone euro, ne pourra pas pérenniser la nouvelle assurance des marchés. L’Union européenne a un problème de fonds qu’il s’agit de juguler. Les dérapages de certains Etats membres ont montré que le dispositif de surveillance de la discipline budgétaire de l’UE, basé sur le Pacte de stabilité, est insuffisant. Le «Semestre européen» est censé combattre ce problème en assurant une meilleure coordination des politiques économiques des Etats membres au moment de l’élaboration des budgets nationaux. Il s’est ouvert, mercredi, par la présentation du rapport annuel de la Commission sur la croissance. Ce rapport doit servir de référence aux gouvernements nationaux lors de l’élaboration de leurs budgets et de leurs stratégie socio-économiques. «C’est une nouvelle phase de l’intégration européenne. Nous guiderons les politiques en amont plutôt que de les juger en aval» a expliqué M. Barroso. Les gouvernements doivent présenter leurs budgets et stratégies à la Commission en avril.

Le rapport prône une série de réformes structurelles au niveau de l’emploi et des pensions. Il recommande de baisser la fiscalité sur le travail, de lier l’âge de la retraite sur l’espérance de vie. Les Etats sont aussi invités à assainir leurs finances. Une réduction annuelle du déficit structurel à concurrence de 0,5% de point de PIB est un minimum, qui ne sera pas forcément suffisant a fait valoir le commissaire aux Affaires économiques, Ollie Rehn. Ce dernier a appelé les gouvernements à «ajuster les dépenses en préservant celles qui sont favorables à la croissance» et privilégier les impôts indirects aux impôts directs.

Grégory Jacquemin